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le verger a 15 ans

Le verger de pruniers vers la fin des années 60.

Petite histoire : En 2004, quand Frédéric s’installe à la Campagne Sigalloux, les pruniers de Bernard (son père) ont été arrachés depuis des années et la seule intervention se réduisait à passer le broyeur une fois par an. Mais Frédéric a mûri son projet, il veut des arbres fruitiers, des variétés anciennes et il veut les cultiver sans pesticides. C’est ambitieux parce qu’il n’a aucune expérience, il travaille à plein temps, la maison est en travaux et il y a trois enfants à la maison. De plus les sols sont restés très pauvres et c’est le chiendent qui domine.

A l’automne 2004, Frédéric loue une camionnette et va jusque dans le Vaucluse chez Jouve-Racamon chercher des arbres.

Monsieur Carlès fait des trous avec son tracto-pelle, les arbres sont mis en place avec un peu de fumier : https://blog.sigalloux.fr/le-plan-du-verger/

Les premières années du verger ne sont pas très favorables aux arbres : manque de temps, de connaissances et d’expérience. L’arrosage se fait en été avec la grosse pompe de 5,5 kw. Il faut déplacer les tuyaux de 6 mètres. C’est long et fastidieux. Malgré l’usage d’engrais organiques, les arbres manquent de nutriments et d’eau. Les cerisiers ont des brûlures de soleil sur le côté du tronc au Sud Ouest. Les pommiers ont probablement été greffés sur des porte-greffe nanifiant qui limitent leur développement. Les pêchers ont du mal à survivre à la cloque. Les oliviers ont l’œil de paon. les poiriers sont rachitiques…

Sol pauvre, variétés inadaptées, porte-greffe inadaptés, apports nutritifs insuffisants, irrigation insuffisante, ravageurs et maladies pas maîtrisés, pas de protection contre le vent… certains arbres meurent, d’autres produisent très peu. Néanmoins, il y a une production et la plus grande partie des arbres est toujours là 15 ans plus tard.

Plusieurs facteurs vont intervenir pour profondément modifier les pratiques et changer la conduite du verger : la retraite donne du temps, l’expérience produit des connaissances.

Le verger dans le contexte des Jardins Sigalloux.

La fertilisation a été améliorée par l’utilisation du broyeur à marteaux sur le tracteur Renault 70 et va permettre de produire des quantités significatives de matière organique qui sera utilisée comme BRF ou comme paillage.

Ainsi, chaque arbre reçoit au moins 100 litres de matière organique par an. Le BRF est obtenu avec ce qu’on considérait comme des déchets verts qui étaient autrefois brûlés. Selon la saison cela peut varier des feuilles de platane en automne au bois de taille des figuiers en hiver. Néanmoins, de l’herbe de tonte est systématiquement mélangée à cette matière ligneuse pour avoir un rapport carbone/azote correct et éviter la « faim d’azote » provoquée par un apport ligneux qui mobilise l’azote du sol et en prive les plantes. L’aire de broyage fait une trentaine de mètres, elle est constamment alimentée par des apports. Certains voisins viennent y apporter leur tonte et le bois des coupes d’entretien. Il serait intéressant de compter le nombre annuel de séances de broyage et donc de m3 produits. Broyer n’est pas très agréable : bruit (il faut porter une protection), vibration, poussière (il faut porter un masque). Après plusieurs passages du tracteur en 1ère lente, il faut retourner l' »andin » de matière puis passer à nouveau et retourner de l’autre côté de manière à ce qu’il ne reste plus de branches dessous. Selon la quantité de végétaux, leur dureté, leur résistance, il faut plus ou moins de passages pour arriver à un morcellement suffisant. Le petit tracteur et sa benne permettent le transport du BRF obtenu et la livraison au pied des arbres.

Les apports réguliers de matière organique sous forme de BRF a permis de nourrir les arbres, la « pourriture blanche » observée dans le BRF humide montre le travail de digestion du bois et favorisera la mycorhization. Quand il y a de la matière organique, de l’air , de l’humidité et pas de pesticides, le sol devient un milieu vivant d’une grande richesse et tous les êtres vivants qui s’y trouvent produisent des déchets qui finiront par être des nutriments pour les plantes. Le BRF permet aussi de limiter l’évaporation du sol et de limiter les herbes sauvages. On voit maintenant en automne des champignons divers qui étaient inexistants avant. Il y a quand même des inconvénients : les sangliers vont avoir envie de gratter pour trouver des lombrics et les fourmis risquent de s’installer dans ce petit paradis qui leur offre le gîte (chauffé par la fermentation) et le couvert avec cette matière organique en abondance.

L’irrigation a été bien améliorée : La grosse pompe est abandonnée pour une plus petite pompe compatible avec le débit du ruisseau et la mise en place d’un réseau en diamètre 32. Chaque arbre reçoit ainsi 100 litres d’eau tous les 10 jours environ pendant les 4 mois de sécheresse au cours desquels les rares pluies ont été insignifiantes et le Mistral encore plus pénalisant que les hautes températures. En 2019 l’arrosage a nécessité 200 heures tout au long des 4 mois de sécheresse de la mi mai à la mi septembre, ce qui fait en moyenne plus d’une heure et demi consacrée à ce travail chaque jour, ce n’est pas négligeable. La pompe a un débit nominal de 5m3/h mais le débit réel est sans doute plus près de 4m3 à cause des pertes de charge (longueurs, coudes…) Il a donc fallu entre 800 et 1000 m3 d’eau pour le seul verger, c’est beaucoup et pourtant 2019 n’a pas été une année particulièrement sèche. On comprend que la disponibilité de l’eau est un problème sérieux. L’irrigation pourrait être améliorée en investissant dans du matériel. Cet investissement continuera à se faire au fil des années.

La densification est importante pour la création d’un micro-climat et pour l’installation d’une biodiversité utile à tous les niveaux (fertilisation grâce à un sol vivant, pollinisation, lutte contre les ravageurs…) Les inter rangées ont été plantées d’arbres (mûriers, tilleuls) et d’arbustes (lilas des Indes, fusains d’Europe, cornouillers sanguins, callistemons, vigne…) et de plantes vivaces (thym, lavande, sauge, menthe, framboisiers, fraisiers…). La densification des plantations se poursuivra de façon systématique. Nous produisons l’essentiel des plants que nous installons au verger. Nous faisons beaucoup de boutures et de semis, nous récupérons de jeunes plants, nous faisons des échanges avec d’autres jardiniers. Parfois, il nous arrive de craquer pour une plante (comme l’arbre à miel par exemple dont nous avons acquis un jeune sujet) qui nous intéresse particulièrement. Nous testons cette plante et nous l’utilisons alors comme plante mère pour faire des boutures ou des semis.

Des ruches ont été installées pour favoriser la pollinisation. Malgré toutes les difficultés rencontrées, cette pratique de l’apiculture amateur est très instructive.

La taille reste un sujet délicat : Les arbres ont besoin d’être taillés pour plusieurs raisons :

  • Avant tout on souhaite avoir des fruits plutôt que du bois.
  • Il faut aussi éviter d’avoir trop de fruits ce qui fatigue l’arbre et produit des fruits plus petits.
  • Les arbres ont besoin d’être structurés, surtout quand ils sont jeunes et ils ont tendance à pousser vers le haut au lieu de se ramifier.
  • La circulation autour de l’arbre amène à couper les branches basses.
  • parfois il est nécessaire de le contenir pour que la récolte reste possible.
  • La tenue au vent est importante par temps de Mistral, surtout quand les arbres sont chargés de fruits.
  • Certains arbres font beaucoup de rejets et de gourmands comme l’olivier qui est très vigoureux.
  • Pour conserver un arbre dans le temps temps, il est nécessaire de renouveler son bois.

Par contre il faut éviter de trop tailler :

  • La taille n’est pas très naturelle.
  • Elle laisse des plaies qui peuvent être des portes d’entrée pour des champignons du bois ou des insectes xylophages. Il est donc important de cicatriser avec un goudron.
  • L’art de la taille s’apprend lentement.

La taille permet d’équilibrer le potentiel racinaire et le potentiel végétal. Il faut que le potentiel racinaire soit supérieur au potentiel végétal pour que l’arbre soit en production, sinon, il ne fera que végéter. Comme on ne peut agir sur le potentiel racinaire que par la fertilisation et l’irrigation, la taille est un moyen de « conduire » l’arbre pour le bénéfice des fruits et pour sa croissance. Comme pour le reste, les arbres et les variétés qui ont besoin d’une taille exigeante n’ont pas d’intérêt à cause de l’attention et du temps qu’ils demandent.

La diversification a été augmentée : De nouveaux arbres ont été plantés pour diversifier et étaler les productions : nashi, néflier du Japon, néflier d’Allemagne, jujubier, asiminier. Cette recherche de diversification va se poursuivre avec des goyaviers et la recherche continue.

Le suivi de culture a été amélioré mais n’est pas encore satisfaisant. Il y a eu une tentative de donner une identité codée à chaque arbre mais le vent a dispersé les étiquettes. Une année, les arbres ont reçu un panneau hexagonal avec le nom français et le nom latin. Ces panneaux ont bien tenu mais les nouveaux arbres n’en ont pas été équipés. Un cahier de suivi a été tenté pour noter les informations pertinentes pour chaque arbre. Mais du verger au bureau, les informations se sont toujours volatilisées. Ce qui a été le plus efficace, c’est de mettre un panneau plastique sur les arbres suivis et d’inscrire les informations au feutre indélébile au moment de l’observation ou de l’intervention. Ainsi, il est possible de savoir sur quel arbre prélever des greffons par exemple.

Le verger est aussi devenu un jardin d’agrément apprécié des visiteurs. De chaque côté de l’allée des oliviers, des alignements décoratifs ont été plantés : encadrés par 2 lignes de Stakis, des iris sauvages, des agapanthes, des dahlias, des géraniums mais aussi des crocus et d’autres plantes décorent la perspective ponctuée par 3 boules de ligustrum et trois passages en treillis soudé au pied desquels on trouve des rosiers, des clématites, du jasmin d’hiver, du jasmin étoilé…

Il faut trouver un équilibre entre le besoin d’obtenir des fruits, la nécessité de préserver l’environnement, l’envie de paysager le verger. Il faut savoir renoncer à des rêves insensés.

Les soins apportés aux arbres ont aussi évolué.

La cloque du pécher est habituellement maîtrisée par l’application de « bouillie bordelaise » à la chute des feuilles, au grossissement des bourgeons, et tous les 15 jours après la chute des pétales. Ce n’est pas toujours aussi simple parce que l’application peut être différée à cause de la météo (vent ou pluie) ou du manque de temps disponible. Parfois, alors tout a été fait en temps et heure, la cloque est là. Par ailleurs, la « bouillie bordelaise » qui est acceptée en agriculture biologique est loin d’être inoffensive : elle contiendrait des molécules chimiques et son action antifongique qui permet de lutter contre la cloque par exemple s’exerce aussi sur les champignons du sol qui sont essentiels à sa fertilité. De même pour l’œil de paon de l’olivier, la tavelure du pommier

Le carpocapse du pommier a donné lieu à une longue « traque » : BT, pièges à phéromones, argile. Le carpocapse s’en est toujours tiré bien que sa présence ait reculé en 2019 alors que tout traitement avait été abandonné. Conditions météo défavorables ou début de contrôle par la biodiversité ? C’est trop tôt pour le dire. Les carpocapses sont une proie pour les pipistrelles. Ces chauves-souris fréquentent assidûment les grands platanes de la cour mais ne s’aventurent guère à découvert dans le verger. Les tilleuls plantés en inter rang le long des pommiers commencent à prendre de la hauteur et les pipistrelles vont peut-être s’y aventurer. Mais la solution radicale, c’est la sélection variétale : tous les pommiers ne sont pas également touchés par le carpocapse et certains ne le sont pas du tout. L’une des variétés du verger est vraiment insensible, ses pommes sont bonnes bien que d’un calibre moyen, malheureusement c’est une variété avec une forte alternance malgré fertilisation, irrigation et taille. Certaines variétés sont à fuir absolument comme la Reinette du Canada ou la Granny Smith. Tous les pommiers qui sont systématiquement attaqués vont être greffés en couronne au printemps prochain avec des variétés moins sensibles ou insensible.

Des applications de purin d’ortie et de prêle ont été tentés avec succès. C’est une pratique qui doit être reconduite et systématisées. En 2019 les pommiers n’ont jamais été aussi beaux en fin de saison et c’est bien encourageant.

Il est difficile d’apporter à chaque arbre ce dont il a besoin dans un verger où tous les arbres sont différents avec des précocités différentes. On comprend que la monoculture est bien plus facile. Dans un verger très diversifié, il faut arriver à intervenir le moins possible. C’est accessible à condition d’avoir des porte-greffe et variétés adaptées, beaucoup de biodiversité, des arbres en bonne santé grâce à un sol vivant et une irrigation maîtrisée.

Bien souvent, quand on souhaite planter un arbre fruitier, on va chez le pépiniériste le plus proche (ou pire en jardinerie) et on regarde de jeunes arbres en pot avec une belle étiquette et généralement une photo d’un fruit magnifique. C’est tentant ! ces arbres sont faits par des entreprises spécialisées qui produisent des arbres en grande quantité pour une clientèle quelconque. Si vous demandez l’avis du vendeur, il n’en sait généralement pas plus que l’étiquette. L’arbre est-il adapté au sol de votre jardin ? au climat de votre région ? Quel est le porte-greffe ? Quelles sont ses caractéristiques ? Quelle est sa sensibilité aux maladies ?… Généralement vous l’apprenez à vos dépens : pommiers nains à cause d’un porte-greffe nanifiant, variété erronée, arbres sensibles à toutes les maladies, arbre ne supportant pas le calcaire ou un PH élevé, arbres dioïques ne fleurissant pas au même moment… Les jardineries et pépiniéristes ne sont souvent que des revendeurs, pas des spécialistes. Suite à de nombreuses déceptions, la solution envisagée c’est de faire soi-même ses arbres soit à partir du matériel dont on dispose, soit à partir d’échanges avec des jardiniers qui connaissent bien leurs arbres.

C’est ainsi qu’une petite pépinière a été créée. Elle regroupe des arbres qui ont été obtenus par bouturage : figuiers, oliviers, néfliers… par prélèvement de sujets spontanés : pommiers pêchers, pruniers… par marcottage : figuiers, par prélèvement au pied : suquet d’olivier, tilleuls et bien sûr par échange : asiminier, variétés de figuiers, jujubier… Dans la pépinière les arbres sont regroupés et proches les uns des autres pour faciliter l’observation, l’irrigation et les éventuelles interventions. La pépinière permet de faire grandir des arbres jusqu’au moment de leur plantation dans le verger quand leur système racinaire sera suffisant. C’est le cas des figuiers « Noire de Caromb » pour lesquels il n’y a pas de doute sur la qualité de la variété, l’adaptation au sol et au climat. Pour des arbres spontanés prélevés dans la propriété, la pépinière permet d’abord une observation sur plusieurs années pour savoir si l’arbre fera un bon porte-greffe. Si c’est le cas, une greffe sera tentée avec une variété confirmée déjà présente dans le verger. Parfois, un sujet spontané est laissé en place dans le verger parce qu’il est bien placé et et que le parent est connu pour ses qualités. C’est le cas d’un pommier qui va rester en place jusqu’à sa première fructification qui n’interviendra pas avant 5 ans, la mise à fruit étant plus lente sur un « franc » (issu d’un semis) que sur un arbre greffé. On n’est donc pas dans une démarche productiviste. Le but recherché n’est pas un fruit sans défaut commercialisable avec un profit certain. Le but c’est d’avoir un arbre rustique dont la production soit utilisable et qui demande un minimum d’entretien. Il faut avouer qu’il y a un plaisir certain à attendre pendant des années un fruit qui sera une surprise qu’on espère bonne. La pépinière actuelle est très vite devenue trop petite pour tous les arbres qu’on voudrait accueillir. Faut-il rester sage et se limiter ? Faut-il suivre sa passion et changer d’échelle ?

Depuis 2004, de nouveaux ravageurs ont fait leur apparition dans le verger et compliquent encore la production. Ces ravageurs sont favorisés par le réchauffement global des températures qui leur permet de survivre dans nos régions.

  • Eurytoma amygdali a complètement détruit la récolte d’amandes en 2018. Cependant la récolte 2019 a été normale.
  • Drosophilia suzukii pique les cerises et les rend rapidement inconsommables.
  • Stephanitis piri, le tigre du poirier n’est pas un nouveau venu mais on le trouve maintenant sur les pommiers bien sûr mais aussi sur tous les prunus : cerisiers, amandiers, pruniers… Pour les pommiers, la parade a été trouvée : le « bassinage » du feuillage du bas vers le haut, tous les jours si possible pendant la saison estivale.
  • Le palmier pour qui nous avons craint le papillon Paysandisia archon vu à plusieurs reprises a finalement été tué par le charançon rouge Rhynchophorus ferrugineus.
  • Le frelon asiatique Vespa velutina ne s’attaque pas directement au verger mais en s’attaquant aux abeilles et à tous les insectes butineurs et autres, il peut avoir une influence très négative sur la pollinisation et la biodiversité.
  • Enfin, le spectre de Xylella fastidiosa plane sur tout verger et fait craindre le pire…

La création de l’inter rang planté en tilleuls a permis de faire des expériences de culture : en 2018, deux rangs de haricots ont été semés en parallèle dans cet inter rang. Pour le premier semis, la terre a été bêchée en profondeur, le chien-dent a été enlevé, puis le sol a été couvert d’un mélange de compost et de BRF. Pour le deuxième semis, le sol a été fauché à la débroussailleuse et a reçu le même mélange de compost et de BRF sans aucun travail du sol. Au moment de la récolte, il n’y avait aucune différence entre les deux semis, les plants étaient aussi beaux et la production aussi abondante. Conclusion, le travail du sol n’a rien apporté dans ce cas précis. En 2019, une autre expérience a été tentée : dans le lit de compost et de BRF de cet inter rang, de la semence de pomme de terre a été directement posée au niveau du sol. Quand les plants se sont développés, ils ont été « butés » avec un apport de BRF. Les plants ont bénéficié de l’arrosage de l’inter rang sans plus. La récolte s’est faite à la main en écartant le BRF.

La production n’avait rien d’exceptionnel mais elle a dépassé celle du potager qui avait été menée de façon classique et surtout, le rapport entre l’investissement et le bénéfice récolté était très bon. Le but recherché n’est donc pas de faire des récoltes performantes mais d’avoir des productions faciles et d’un bon rapport. Ces expériences seront poursuivies, elles permettent d’imaginer un autre rapport à la terre, une autre « culture » du jardin en passant de l’exploitation de l’agriculture conventionnelle qui épuise les sols et les pollue à la permaculture qui permet de concevoir une alliance avec la nature.

Maintenant, tous les inter rangs sont végétalisés et ils continueront à l’être soit avec des plantes intéressantes pour la biodiversité soit par des plantes comestibles ou utiles, soit encore par des plantes qui nous font envie. Nous sommes tous les jours sur le terrain et nous pouvons constater que la biodiversité entomologique recule dramatiquement année après année. Quand nous étions enfants, nous faisions jaillir de l’herbe des quantités d’insectes quand nous nous promenions. Maintenant, certains insectes se font rares.

Il est donc essentiel de favoriser la biodiversité par des pratiques simples :

  • Avant tout : renoncer à tout pesticide ! Il faut rappeler que l’application de la loi LABBE interdit la détention et l’usage des produits phytosanitaires chimiques aux particuliers.
  • Multiplier les végétaux parce que certains insectes sont « inféodés » à certaines plantes et ne peuvent vivre sans elles. Il ne faut pas oublier que plus de la moitié des oiseaux est insectivore.
  • Multiplier les pantes mellifères, pas seulement pour nos abeilles mais aussi pour tous les butineurs dont environ mille espèces d’abeilles sauvages présentes en France.
  • Multiplier les niches écologiques : faire des points d’eau, des tas de pierres (pour les reptiles), des tas de bois mort, laisser des friches linéaires…
  • Utiliser les 3 strates de végétation : strate herbacée, strate arbustive, strate arborée.
  • Ne tondre que dans la position la plus haute. La tonte permet d’avoir de la « prairie » avec des plantes « messicoles » (essentielles pour beaucoup d’insectes dont les papillons) qui sont absentes dans les friches.
  • Ne pas laisser de terre nue.

La biodiversité végétale herbacée n’a pas vraiment augmenté (encore aurai-il fallu faire un état des lieux il y a 15 ans). Le chien-dent est toujours très présent mais il a de plus en plus de concurrence (les noms sont donnés sous réserve, la botanique c’est compliqué) :

En 2019, la production du verger est très satisfaisante malgré quelques difficultés. Il serait intéressant de noter la production de chaque arbre du verger mais c’est un travail de plus qui serait un peu fastidieux. Il faut reconnaître qu’une partie des fruits a été perdue (pas pour tout le monde parce que dans la nature rien n’est perdu). Même si tous les fruits n’ont pas été cueillis, une partie du surplus a été donnée au cercle des amis. Il est d’ailleurs nécessaire de récolter tous les fruits pour éviter de propager des maladies ou nourrir des indésirables comme les fourmis.

Le verger couvre nos besoins en fruits. Cela ne veut pas dire que nous mangeons des pommes fraîches toute l’année : nous n’avons pas de chambre froide et nous n’utilisons pas les artifices de l’agriculture industrielle.

En fait, nous achetons très peu de fruits : quelques mandarines et oranges en hiver, exceptionnellement des bananes, plus souvent des citrons parce que notre production est très réduite. Nous avons bien sûr les fruits qui sont mangés frais et qui commencent avec les cerises précoces en mai et finissent avec les olives et maintenant les fejoas en novembre. Nous avons le plaisir de manger des fruits frais, cueillis à maturité et produits sans pesticides.

Nous avons aussi le plaisir de goûter de nombreuses variétés : une douzaine de variétés de pommes par exemple avec chacune un goût, un parfum, une texture. Il y a aussi les fruits transformés : confitures, coulis, pâtes, jus, sirops, sorbets, fruits séchés, huile d’olive, olives de table. Mais il y a encore ce que le verger apporte à l’environnement : de la nourriture et des abris pour des insectes, des araignées, des lézards, des oiseaux, des chauves-souris… : tout un monde vivant qui se développe en symbiose avec les végétaux. Et il y a encore le plaisir d’un lieux embelli par la nature.

Le verger va continuer à évoluer. Un verger vivant c’est un verger qui se renouvelle. Nos connaissances évoluent aussi et de nouvelles pratiques vont être tentées : les micro organismes efficaces sont prometteurs. Suite à une formation sur l’utilisation des huiles essentielles pour soigner les plantes, des protocoles sont mis au point pour se passer totalement de produits commerciaux comme la bouillie bordelaise et pour avoir un meilleur état sanitaire du verger sans nuire à la biodiversité.

  • micro organismes efficaces,
  • huiles essentielles,
  • purins d’ortie, prêle et consoude,
  • fertilisation organique avec nos broyats,
  • diversification des arbres et variétés,
  • recherche de rusticité pour avoir à intervenir le moins possible,
  • développement de la biodiversité à tous les niveaux,
  • densification de la végétation,
  • amélioration de l’irrigation,
  • installation d’un poulailler de poules rustiques qui vont participer au nettoyage du verger et à sa fertilisation,
  • poursuite de l’embellissement paysager,

On a compris que le verger a évolué vers un esprit « permacole » : alliance des végétaux et des animaux, interventions réduites, possibilité de poursuivre la culture sans épuiser les ressources, partage des produits du verger.

Les enjeux sont multiples : l’un des enjeux pour l’avenir serait de disposer d’un lieu qui puisse servir à la transmission des savoirs nécessaires pour produire de l’abondance sans nuire à l’environnement.

Le verger permet un art de vivre au contact de la nature et au rythme des saisons.

C’est aussi une philosophie de vie : respecter de la nature, accepter son ignorance pour faire l’effort d’aller vers de nouvelles connaissances, entrer dans un temps long parce qu’il se peut qu’on ne bénéficie jamais de l’ombre de l’arbre que l’on vient de bouturer, c’est encore le plaisir de s’émerveiller sans cesse des prodiges de la nature.

Quelques liens utiles :

le petit peuple du verger

Le verger est un grand zoo. Non, dans les zoos les animaux sont privés de liberté et de dignité. Au verger, les animaux vivent leur vie. Et beaucoup d’animaux auront vécu leur courte vie sans m’avoir jamais rencontré. Bien sûr, il y a le gros sanglier qui fait quelques dégâts mais il laisse derrière lui ses déjections qui sont bien utiles. La plupart des animaux sont très discrets et on ne les voit que si on s’intéresse à eux.

Parfois, on s’aperçoit de loin, on s’observe, et puis on prend ses précautions :

La mystérieuse mante religieuse Mantis religiosa et son petit mâle surpris le temps d’une photo. Il ne manque l’oothèque pour compléter le tableau :

L’araignée patiente au milieu de sa toile. C’est l’épeire fasciée.

Et puis il y a des inconnus jamais vus auparavant. D’où sortent-ils ces trois-là ?

Mais tout ce peuple qui est chez lui là où il est, que voit-il quand nous nous rencontrons ?

C’est le temps des récoltes

Tomates, poivrons, courgettes, aubergines, aromatiques… au potager.

Pommes, figues, amandes, noisettes… au verger.

Au labo, nous faisons des coulis, des confitures, des gelées, des fruits séchés, plantes séchées, des pâtes de fruit, des sorbets, des sirops, des jus, des boissons…

Nous expérimentons des associations comme la gelée de pommes au basilic.

Les étagères se remplissent de pots très colorés.

floraison des oliviers

Les oliviers commencent à fleurir :


La fleur de l’olivier est minuscule mais parfois la floraison est abondante.

C’est la variété « Cayon » qui est la plus florifère et c’est un bon pollinisateur.

Pour savoir à quoi ressemble la fleur de l’olivier, il faut une loupe. Les fleurs sont pollinisés par le vent et la pollinisation dépend donc des conditions météorologiques. 5% des fleurs seront fécondées.

floraisons

Des bourgeons qui gonflent lentement, puis soudain une explosion de fleurs. C’est magique ! ça reste magique ! Un inguérissable étonnement est de mise. C’est magique et miraculeux ! C’est le retour de la grâce de l’éternel vivant…

Les abeilles sont partout, dans l’urgence et l’ivresse de cette manne miraculeuse. Mais il y a aussi les bourdons, les abeilles charpentières, les syrphes, les papillons colibri, les abeilles solitaires, toute la multitude des butineurs obstinés, obsessionnels…

Tous invités à la fête des fleurs organisée par les arbres avides de descendance.

le papillon du 31 décembre

Parmi les fleurs du néflier du Japon (Eriobotrya japonica) dont le fruit est le premier cadeau du printemps, un papillon vulcain  cherche du nectar.

Le parfum du néflier est un pur bonheur : fermer les yeux, sentir la caresse du soleil, la douceur de l’air et le parfum ineffable des fleurs… Il y a des moments de pur bonheur sur la Terre.

Le parfum du néflier fait évoque un peu celui du sirop d’orgeat.

Le bourdon et l’abeille sont aussi au rendez-vous. La douceur n’est pas forcément une bonne nouvelle : certains pruniers ont commencé à fleurir et des bourgeons floraux apparaissent sur quelques pommiers.

les vraies richesses

C’est un plaisir simple qui pourrait faire oublier l’importance de sa valeur :

Mordre dans une pêche prise sur l’arbre, mûre à point, juteuse et parfumée au point de combler tout désir…

Des pêches à volonté pour répéter ce plaisir qui n’a pas de prix et se trouver uni à la nature qui a mûri ce trésor.