une photo des années 50

La photo a été prise à la fin des années 40 ou au tout début des années 50 par Bernard Denizet alors célibataire. Il a 24 ans environ. Il est le deuxième fils de Maurice Denizet et Marie-Marguerite Sigalloux décédée en 1944 dont il vient d’hériter.photo1La photo a été prise en hiver, en milieu de journée comme en témoignent les ombres.

A gauche il y a le bâtiment de la ferme.photo2La grande ouverture permettait de monter le foin et la paille à l’aide d’une poulie accrochée à une potence dans le fenil qui fait toute la longueur du bâtiment. Le foin était ensuite versé par des trappes directement dans les mangeoires de l’étable qui était en dessous. Le rez de chaussée a ensuite été le garage pour la voiture et le tracteur et ses outils.  On aperçoit la porte du garage sous l’ouverture du fenil. A cette époque il n’y a déjà plus d’animaux.

Le hangar qui est devant la ferme côté cour abrite l’entrée de la cave au-dessus de laquelle se trouve le logement du fermier. photo6Le hangar est encore couvert de tuiles mais Bernard ne tardera pas à les enlever parce que les poutres menacent de s’effondrer. Il restaurera le hangar quelques année plus tard.

A droite c’est l’habitation du maître qui date du XVIIIème siècle. Elle est assez vaste, à cette époque les familles sont nombreuses et les domestiques sont logés dans la maison.photo3Par devant c’est le puits.photo4C’est un petit bâtiment ouvert côté cour, dont le sol est pavé et au fond duquel se trouve une manivelle qui actionne une chaîne parsemée de sortes de bouchons qui font remonter l’eau en passant dans un tuyau. L’eau coule alors par la fontaine. On vient au puits avec le seau pour prendre l’eau nécessaire aux besoin domestiques. On y vient l’été avec la cruche parce que l’eau qui vient d’être puisée est toute fraîche. On y fait aussi la lessive à la cendre. Avant la deuxième guerre mondiale la maison a été électrifiée et le puits équipé d’une pompe électrique qui remontait l’eau dans une citerne de 400 litres environ située au grenier. Par des conduits en plomb l’eau arrivait ainsi à  3 endroits : la cuisine au-dessus de la « pile », dans les cabinets et au fond d’un couloir où se trouvait l’unique lavabo de la maison. Toutes les eaux usées allaient dans le canal qui passe sous la maison.

Tout à droite on aperçoit le bâtiment qui a été construit en premier : la pièce voûtée surmontée par le pigeonnier.
photo5Le pigeonnier a été construit sous l’Ancien Régime. C’était alors un privilège seigneurial. Etait-ce le pigeonnier du château des Vintimille qui se trouve dans le village ? La décomposition de la noblesse a-t-elle amené les Vintimille à vendre ces terres pour financer leur train de vie ?

Devant la maison la terre paraît nue.photo8C’est que l’essentiel des terres est consacré à l’herbe nécessaire pour nourrir les animaux. Un réseau de canaux permettait de tout irriguer. La propriété était dite « à l’arrosant ». La rivière était captée en amont et le réseau permettait d’arroser particulièrement en été. Sans eau, pas de cultures. Toutes les personnes qui souhaitaient bénéficier de cette eau se regroupaient dans le « syndicat des arrosants ». Ce syndicat se réunissait de façon démocratique pour fixer les règles d’utilisation de l’eau, attribuer les heures par tirage au sort et organisait l’entretien du réseau. Après la Deuxième Guerre Mondiale ce système n’existait plus et chacun prenait l’eau comme il voulait ce qui n’a pas manqué de provoquer des bagarres entre voisins.

Au deuxième plan, on aperçoit des grands arbres et la colline.photo7Les grands arbres sont des marronniers que Bernard fera bientôt couper. La propriété s’appelait alors « Les Marronniers » puis Bernard l’a appelée « Les Marronniers Sigalloux » en hommage à sa mère puis « Campagne Sigalloux » quand les marronniers ont été coupés. On s’étonne qu’il ne l’ait pas appelée « Bastide ». C’est un terme qui convient plus au riches demeures de la région d’Aix. Le Var est plus pauvre et le mot « Campagne » plus approprié à la maison que le maître se faisait construire pour y gérer son bien ou pour y séjourner en villégiature quand il avait d’autres biens et une profession qui le retenait à la ville.

La colline à l’arrière paraît nue, elle sera entièrement recouverte d’une forêt de pins en quelques dizaines d’années. Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, les collines à proximité du village étaient entièrement cultivées grâce à l’élévation de murs de pierres, les « restanques », qui permettait de stocker la pierre et de retenir la bonne terre. On y cultivait les oliviers, la vigne et parfois des légumes comme les pois chiches. Les mulets et chevaux y manoeuvraient facilement. Comme à cette époque on habitait au village, lieu de convivialité, et que qu’on n’avait pas d’autre moyen de transport que la marche ou le cheval, les terres proches du village, étaient cultivées malgré les difficultés du terrain et leur aridité naturelle. Il aurait été impensable de les laisser à l’abandon. L’arrivée des tracteurs et de la notion de rentabilité ont condamné ces cultures et la nature a repris ses droits. Les restanques ne sont plus entretenues. On peut imaginer l’extraordinaire travail des ancêtres pour élever ces murs parfois énormes et pour rendre la terre cultivable. Le passé est à l’abandon.

Bernard Denizet a pris une photos dans les années 60 à peu près du même endroit :diapo

Puis dans les années 70 :

diapoAu printemps.

campagne vers 1970En été.

On peut constater de nombreux changements :

La terre est cultivée : au premier plan des pêchers, à gauche des pruniers (prune d’ente 707). Il y en avait un millier environ sur 6 hectares. Bernard Denizet avait choisi de vivre dans sa propriété et de sa propriété. La production des prunes a permis de faire vivre sa famille jusqu’à son décès en 1981.

La maison dont on ne voit que le pigeonnier a reçu un nouveau crépi en mortier gris.

Sous le pigeonnier, le poulailler en mauvais état a été démoli et remplacé par une marquise dont on aperçoit le toit étroit.

Un portique signale la présence de jeunes enfants.

Une haie de troènes sépare la cour des champs, l’espace des loisirs et l’espace du travail.

A l’arrière plan, les collines sont boisées. En l’espace d’une génération, la nature a repris ses droits, effaçant progressivement le travail de générations de paysans.

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