La déclaration de vente de Jean-Balthazard Issaurat le 10 février 1796

La déclaration de Jean-Balthasard Issaurat est sans doute un complément à l’acte du 23 avril 1794. Elle a été faite le 10 février 1796. Il s’est passé presque 2 ans entre l’acte de vente en viager et cette déclaration.

Il existe quatre copies de ce document : une seule est signée par les deux parties Issaurat et Sigalloux et peut être considérée comme l’original de Pons-Charles Sigalloux. Une autre, presque illisible n’est signée que Issaurat. Dans ce document qui était peut-être le projet du vendeur la somme inscrite est de 25000 livres alors qu’elle n’est que de 23000 livres dans le document signé par les deux parties.

La transcription introduit les majuscules absentes dans le texte original, une orthographe moderne, un complément de ponctuation et une mise en page permettant une lecture plus aisée.

 

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  • Je, Jean-Balthasard Issaurat, propriétaire de cette commune du Luc, vends par la présente à Pons-Charles Sigalloux citoyen de la commune de Flayosc une terre arrosable située au terroir du dit Luc quartier de Saint Lazare, confrontant le chemin de Toulon, Léandre Rostagni, les hoirs d’Honoré barbaroux, le nommé Dille, l’acheteur et autres plus toute la maison que j’habite à la dite commune du Luc, à la rue de la boucherie, confrontant Louis Gansin, Pierre Martini, jacques garnier, les citoyens Arnaud et autres, ensemble tous les meubles, linges et effets qu’elle contient et dont l’état sera dressé ci-après. Et finalement, je lui vends une autre maison située à la même commune rue de la place neûve, consistant en une écurie coupée par un buget, au fond de laquelle est placée une cuve, et un grenier à foin par-dessus confrontant Léandre Rostagni, Hermentaire Giraud, le citoyen Pascal, et autres.

    Cette vente est faite avec tous mes droits et facultés accoutumées, franchise de sense, services et “darrerages” d’impositiondu passé juqu’à l’entrée en joissance et moyennant la somme de vingt-trois mille livres que j’ai tout présentement reçue du dit Sigalloux en écus sonnants et espèce métaliques de cours à ma satisfaction dont je le quitte avec subrogation à tous mes droits, lieu et place, promesse d’éviction et garantie en conformité des lois pour prendre possession par le dit Sigalloux de tous les objets ci-dessus vendus dès aujourd’hui et rentrer en jouissance d’iceux qu’après mon décès, et celui de Marie-Thérèse Issaurat veuve Auvely ma soeur.

    Des sus-dites vint-trois mille livres, dix-huit mille sont imputables aux immeubles et cinq mille livres sont imputables au mobilier. Le dit Sigalloux aura néanmoins la faculté pendant la jouissance de la dite Issaurat Auvely d’enfermer ses grains, son vin et son huile dans les greniers, à la cave et à la jarrerie de la dite maison.

    Tout mon mobilier contenu dans icelle et compris dans la présente vente consiste à

    • toute la vaisselle de cave, à trente jarres de la contenance en total d’environ deux cent cinquante coupes,

    vue1[la coupe vaut 1/12 de boisseau et le boisseau 36,37 litres. Le total serait d’environ 750 litres et les jarres auraient une contenance de 25 litres environ FD] ,

    • à quatorze « damejeane »s, à cent bouteilles,
  • vue1
  • à sept casseroles,

    • une tortière,
    • une marmite,
    • deux chaudrons,

    vue1

  • deux cruches,


    vue1

  • trois bassines,

    • une fontaine,

    vue1

  • un coquemar [bouilloire],
    vue1
  • le tout en étain.

    • Deux pots de fer,
    • une balance,
    • un « escaudal »,
    • deux mortiers,


    vue1

  • six douzaines d’assiettes de fayence,

    • deux douzaines d’étain fin,
    • un plat à soupe,
    • deux plats ronds,
    • deux jattes de même qualité,
    • huit jattes et deux terrines en fayence.

    À mon argenterie qui est composée de

    • une cuillère à soupe,
    • deux cuillères à ragout,
    • quinze couverts,
    • six cuillères à café,
    • deux salières,
    • un porte huilier,

    le tout d’argent.

    • Un tourne broche,


    vue1

  • deux broches,

    • un levier, une masse et six coins en fer.

    Mon linge de maison dont :

    • quinze nappes venesi de grandeur ordinaire,
    • six de fort grandes,
    • cinq douzaines de serviettes même qualité,
    • vingt-huit serviettes et six nappes incordat,
    • une douzaine de torchons,
    • cinquante draps de lit fins,
    • douze draps de lit grossiers,
    • douze mattelats,
    • six paillasses,
    • cinq lits montés et garnis,
    • quatre rideaux blancs et un d’indienne avec leur tringle,
    • sept couverture d’hiver et quatre d’été,
    • deux maies à pétrir,


    vue1

  • un bluttau (blutoir),
    vue1
  • trois commodes,

    • cinq glaces,
    • dix-huit chaises garnies,
    • un fauteuil,
    • deux canapés,
    • deux douzaines de chaises de paille,
    • une douzaine de cabriolets,
    • un canapé non garni,
    • un buffet,
    • une pendule,
    • une horloge à rouages de bois,
    • un paravent,
    • six paires de chenets,
    • quatre pelles avec leurs pincettes,
    • cinq tapisseries dont deux en toile peinte, deux en indienne, une en mouare verte,
    • quatre tables grandes et deux petites,
    • mon bureau,
    • tous mes livres,
    • huit draps grossiers pour le ménage,
    • quarante sacs,
    • six fusils,
    • une paire de pistolets de selle,


    vue1

  • trois selles,
    • une bride,

    et aux autres articles qui se trouvent dans ma maison et desquels l’acheteur ne pourra jouir qu’après mon décès et celui de ma dite soeur et les recevra dans l’état qu’ils se trouveront sans pouvoir rien prétendre à raison de leur usage et de leur vétusté.

    Pour l’observation du contenu en la présente, nous citoyens Issaurat et Sigalloux obligeons chacun nos biens présents et avenirs à tous tribunaux.

    Faite en double minute dont chacun en a retiré une au Luc ce vingt-et -un pluviôse an quatrième de la République une et indivisible. [10 février 1796]

    Issaurat

    Sigalloux

     

    Commentaires :

     

    Jean-Balthazard Issaurat serait arrivé au Luc entre 1717 et 1794. Il était sans doute riche puisqu’il était propriétaire de sa maison rue de la Boucherie (actuelle rue Appolinaire Lebas), la grange rue de la Place neuve (actuelle rue Victor Méric), la propriété du « Pigeonnier » qui allait du chemin des Maures (route des Mayons) au pied de la colline à l’ouest pour au moins 12 hectares de terre dont la moitié arrosable, la propriété de la Lauzade, sa bastide, ses terres et ses bois, la propriété de Vaulongue qu’il se réserve. Il a eu les moyens de faire construire la bastide ce qui devait représenter une somme importante.

    Marie-Thérèse Issaurat, la soeur de Jean-Balthazard Issaurat est nommée « veuve Auvely ». Antoine Auvely devait être riche : il avait prêté 1500 livres à la mairie en 1787. Il a été maire du Luc du 8 février 1790 au 2 juin 1791. Cependant, il n’était pas le mari de Marie-Thérèse Issaurat. A cette époque il y a aussi au Luc un François Auvely qui fut nommé adjoint au maire Gerfroy.

    Un détail mérite d’être éclairci : le premier paragraphe contient « confrontant… l’acheteur » ce qui laisserait supposer que Pons-Charles Sigalloux était propriétaire mitoyen de la terre qu’il achète.

    Jean-Balthazard Issaurat devait être un notable de la commune. Pourtant, son nom n’est pas mentionné dans les livres sur cette époque.

    Il possédait un mobilier qui peut paraître rudimentaire mais qui était certainement important pour l’époque. Certains meubles sont sans doute en notre possession.

    On est surpris par la quantité de chaises : 30 au total. On peut penser qu’il recevait beaucoup. Il avait un service de quinze couverts et 6 douzaines d’assiettes en fayence, ce qui n’est pas rien !

    La cuisine était très bien équipée. On pouvait raffiner la farine dans un blutoir et pétrir la pâte dans une maie. Par contre il n’y avait pas de four à pain. Le pain devait être cuit dans les fours communaux.

    On est aussi surpris par la quantité de linge de maison. Cela s’explique parce que la lessive (la bugade) n’était faite qu’une, deux ou trois fois l’an. Il fallait donc beaucoup de linge.

    Il avait un bureau et une bibliothèque, il avait sans doute une certaine culture. On ne sait malheureusement pas quel était son métier.

    Il avait 3 selles et une paire de pistolets de selle. Il devait donc être habitué à se déplacer seul à cheval.

    Les seuls outils qu’il mentionne sont un levier, une masse et des coins à fendre le bois. Il n’y a aucun outil agricole. On peut donc penser que ses terres étaient données en fermage à des paysans ou qu’il employait des paysans qui avaient leurs propres outils.

2 réflexions sur « La déclaration de vente de Jean-Balthazard Issaurat le 10 février 1796 »

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