V la ferme après 1835

La ferme n’est pas visible sur le cadastre napoléonien de 1835. Elle est donc postérieure. On peut imaginer que la campagne continue à prospérer et que les bâtiments ne sont plus suffisants. On construit donc un bâtiment de ferme avec : au Sud, une cave à demi enterrée, au Nord une grande bergerie. A l’étage un logement pour un fermier et sa famille, au-dessus des greniers. Sur la façade Est, au Nord, il y a la trace d’une grande ouverture qui devait ouvrir sur un fenil avant que tout l’étage soit consacré au logement des fermiers et que la ferme soit agrandie à l’Ouest. Le bâtiment de la ferme est resté en pierres apparentes alors que le reste a été crépi. Peut-être que le pigeonnier était aussi en pierres apparentes quand il a été construit et qu’il n’a été crépi qu’avec la partie centrale. Autrefois, une maison crépie était un signe de richesse alors qu’une maison en pierres apparentes signifiait que le propriétaire n’avait pas les moyens de faire cette dépense supplémentaire. Au XXème siècle c’est l’inverse : Il faut vraiment être riche pour se faire construire une maison en pierres apparentes, même si ce n’est qu’un habillage et on va les laisser apparentes pour signifier sa richesse. La distinction entre pierre apparente et crépi est aussi une distinction sociale.

La cave a une vaste porte d’entrée qui a été réduite ensuite. Les trois « foudres » qui sont restés en place n’ont pu rentrer qu’au moment où la grande ouverture le permettait, à moins qu’ils n’aient été montés sur place. Le sol de cette cave est en briques pleines et présente 3 légers arrondis. Au milieu, une ouverture a été maçonnée. Frédéric avait fait une petite ouverture et constaté qu’il y avait une cuve pleine d’eau qui n’a été ni sondée ni mesurée. Il y a donc une citerne ou une cuve sous la partie centrale de la cave. A quoi pouvait-elle servir ? Y avait-il un pressoir ? Il n’y en a pas de trace mais ce serait logique. Les trois foudres ainsi que toutes les barriques encore présentes permettent de supposer qu’il y avait une production de plusieurs dizaines d’hectolitres de vin sur place à une époque où la coopérative vinicole n’existait pas encore.

La grande bergerie pouvait certainement accueillir une centaine de brebis ou plus. Elle est aérée par des ouvertures étroites et verticales. La grande porte ouvre à l’Ouest. Elle s’ouvre en deux parties vers l’intérieur.

Dans un premier temps, l’étage est tout du même niveau comme en témoignent les ouvertures à l’Est et au Sud qui ont été bouchées plus tard . Il n’y a pas de trace de l’accès initial au logement des fermiers. L’abaissement du niveau de la moitié Sud du logement des fermiers a peut-être été motivé par la nécessité de disposer d’un nouveau fenil. Les premières pièces du logement des fermiers se retrouvent donc quelques marches plus bas au-dessus de la cave.Le hangar au Sud date peut-être de cette modification. Il devait permettre d’abriter du matériel et de couvrir l’escalier qui monte au logement des fermiers. La porte ouvre sur un long couloir qui dessert toutes les pièces à droite et qui a quelques marches pour le changement de niveau. La première pièce en entrant est de petite taille avec une petite ouverture. C’est un cellier avec (si Frédéric s’en souvient bien) un cloisonnement à mi-hauteur. On devait y serrer du blé, des céréales… Dans les années 60 il y avait encore des piles de sacs en grosse toile. La deuxième pièce est une vaste cuisine avec une cheminée en plâtre rustique et un potager équipé d’un évier en terre cuite vernissée mais il n’y a pas de robinet. C’est Frédéric qui a démonté ce potager (qui était en très mauvais état) en 1990 pour aménager une chambre. Beaucoup de carreaux étaient cassés ainsi que l’évier. Les carreaux récupérés ont servi à faire le parement de la fontaine de la terrasse. Les feux ont aussi été récupérés et doivent se trouver dans le grenier au-dessus du garage. Il y avait ensuite une pièce avec sa cheminée qui pouvait être une chambre. Puis les 3 marches pour changer de niveau et une autre pièce qui devait aussi être une chambre. Enfin, la dernière pièce qui devait avoir été un grenier dans un premier temps occupait toute la largeur du bâtiment. Ce devait être aussi une chambre. Toutes ces pièces sont carrelées avec des tomettes. Frédéric a, par hasard, rencontré un petit-fils du dernier fermier (les Bruna) qui étaient encore là quand Bernard s’est installé à la fin des années 40. Il avait peu de souvenirs mais il pouvait affirmer que pour cette famille qui venait de la montagne, cette ferme était un pays de cocagne. Quand Bernard a voulu reprendre les terres, il a dû faire un procès au fermier qui ne voulait pas partir et qui aurait bien voulu tout racheter.

Au dessus de la partie abaissée il y a un grenier carrelé qui devait servir de fenil. Il ne dispose que d’une ouverture au Sud mais le foin devait être monté par l’ouverture qui fait communiquer ce fenil avec le fenil de l’extension Ouest de la ferme. Il n’y a pas d’autre accès à ce grenier par l’intérieur.

Les fermiers étant logés chez eux, il ne restait peut-être plus qu’une domestique logée dans la chambre de Joséphine. Il se peut que le bastidan ait alors récupéré la cuisine et qu’il ait fait construire l’arrière cuisine avec sa « pile » qui s’évacuait dans le canal. C’est peut-être à ce moment-là que le passage direct est fermé et que le passage par le placard est ouvert pour éviter que la pièce Nord de la partie centrale soit envahie par la fumée du potager. L’ensemble est carrelé avec des tomettes pour tout mettre au même niveau. Il se trouve qu’il y a alors une différence de niveau avec le sol de la partie centrale. La marche se trouve au niveau de la porte qui est à droite de la « pile » (actuellement à droite de la cuisinière). Plus tard, le sol du placard est recarrelé et la différence de niveau se trouve entre le placard et la pièce Nord de la partie centrale. C’est Frédéric qui va rouvrir le passage entre l’ancienne cuisine et la pièce Nord pour faciliter les déplacements. Il va donc retrouver la différence de niveau. Il n’a pas été recherché s’il y avait d’anciens carreaux sous les tomettes de l’ancienne cuisine.

Plus tard encore, la ferme est agrandie à l’Ouest pour héberger plus d’animaux. L’écurie reste probablement dans le prolongement N et une étable est aménagée à l’Ouest de la ferme avec un fenil carrelé sur toute la longueur au-dessus. Le foin peut être monté par deux ouvertures, l’une au niveau du sol à l’Ouest (sensible au Mistral) et l’autre au Sud plus large et plus haute. Au-dessus du linteau, une potence supporte une grosse poulie. Une corde de chanvre permettait de monter les balles de foin à cette hauteur. L’étable est équipée de râteliers dans lesquels tombe le foin par une ouverture dans le plafond. Le toit de ce fenil est dans le prolongement de la pente Ouest du toit de la ferme. Au bout de cette étable, c’est sans doute une petite bergerie qui est créée, peut-être pour séparer les brebis sur le point de mettre bas et leurs agneaux nouveaux-nés. Au fond de l’étable, deux cuves de 25 M3 chacune, carrelées en grands carreaux rouges vernissés sont bâties dans le sol avec une pompe pour les épuiser. A quoi ces cuvent pouvaient-elles servir ? Etait-ce une réserve d’eau ou une fosse à purin ?

Entre les deux guerres mondiales, le fenil est la proie des flammes. La toiture est détruite ainsi que la charpente. Les fermiers (les Bruna) sont logés dans la grande maison. Maurice Denizet, (l’époux de Marguerite-Marie Sigalloux la propriétaire) qui est architecte fait surélever l’ensemble du bâtiment probablement pour que les toits aient plus de pente. Une nouvelle charpente est montée. Il ne s’agit plus de troncs d’arbres mais de pièces de bois débitées. Des tuiles mécaniques sont posées. Elles sont d’excellente facture : aucune n’a bougé ou fui depuis près d’un siècle. Ces dernières modifications marquent aussi la fin du monde rural et le déclin des propriétaires agricoles et de leurs biens.

C’est dans les années 30 que les bâtiments sont électrifiés. La ligne électrique aérienne de la route des Mayons passe sur la façade de la maison. De fortes potences dont on peut encore voir les ancrages supportent les quatre cables électriques aériens isolés de leurs supports par des isoloateurs en verre de couleur verte. La ferme et le puits sont aussi alimentés par des potences de plus petite taille. Dans les années 80 les lignes aériennes seront remplacées par des cables gainés montés sur des poteaux en béton. Les plus grosses potences sont démontées. Outre le confort de la lumière électrique, c’est l’eau courante qui va certainement changer la vie quotidienne. Une pompe électrique triphasée est installée sous le puits à côté de la grosse manivelle. Elle puise l’eau et la monte dans la cuve du grenier qui doit pouvoir contenir un hectolitre environ. C’est un contact asservi à un flotteur qui déclenche la pompe et qui l’arrête. Néanmoins, une surverse permet d’éviter une inondation quand le flotteur se bloque (ce qui est arrivé). Des tuyaux en plomb desservent la chasse d’eau de la salle d’aisance qui jouxte le pigeonnier, le lavabo au fond du couloir et la pile de la cuisine qui sera plus tard équipée d’un chauffe-eau à gaz puis électrique. Toutes les eaux usées vont au canal. Au moment de cette installation, ce devait être un grand confort même s’il est vite paru archaïque. La maison a été raccordée à l’eau de la ville dans les années 70.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Une campagne, une histoire, la vie rustique en Provence