III le prolongement : les dépendances

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le XVIIIe siècle a vu l’agriculture s’améliorer grâce à de nouvelles méthodes culturales. On peut imaginer que la propriété produit des richesses. Le bastidan (Il n’est pas impossible que ce soit Jean-Balthazard Issaurat sinon c’est Pons-Charles Sigalloux ou son fils Jean-François Sigalloux) décide alors (avant 1835 puisque ces bâtiments sont visibles sur le cadastre napoléonien établi à cette date au Luc) d’investir dans de nouveaux bâtiments pour avoir ses animaux et ses domestiques sur place. Il fait donc construire dans le prolongement de la partie centrale, vers le Nord. Il faut remarquer que la façade de l’extension n’est pas exactement dans le prolongement de la façade de la partie centrale. Cette extension permettra d’installer la cuisine avec son « potager » beaucoup plus moderne que l’antique cheminée de la pièce voûtée. Il fait également construire une chambre pour les domestiques au-dessus de cette cuisine.

Une porte de service donne à droite sur la cuisine avec son potager et à gauche sur l’écurie. En face, un escalier monte à l’étage avec à droite la chambre des domestiques et à gauche le fenil. La porte ouvrant sur la chambre des domestiques a été condamnée plus tard. On peut en deviner la trace à des défauts du plâtre vers le haut et à une fissure verticale à droite. Le sol de la chambre des domestiques n’est pas fait de tomettes mais de carreaux de terre cuite non vernissée. Ces carreaux ont été enlevés par Frédéric dans les années 2005 pour alléger le plafond de la pièce qui est dessous. Frédéric a récupéré les carreaux en bon état pour daller la fontaine de la terrasse et celle qui est à côté de l’entrée de la pièce voûtée. Si cette pièce avait été un grenier, on l’aurait laissé en plâtre. Si elle avait été utilisée par le bastidan et sa famille, elle aurait été dallée avec des tomettes. Pour des domestiques, la terre cuite devrait bien suffire. Il n’y a pas non plus de cheminée dans cette pièce, on devait estimer que le conduit de cheminée devait bien suffire comme chauffage pour des domestiques. Il faut imaginer qu’il n’y avait pas de porte entre la chambre des domestiques et la chambre du bastidan. La porte a dû être ouverte quand le bastidan a voulu récupérer cette pièce pour son usage au moment où la ferme a été construite avec un logement pour les fermiers ou bien quand l’agrandissement arrière a été fait et une pièce dédiée aux domestiques.

À cette époque, le travail ne manque pas et le bastidan, même s’il met la main à la pâte, a besoin d’aide. Il faut s’occuper des animaux, tirer de l’eau au puits, cuisiner à partir des produits de base faire la vaisselle, les lessives, alimenter toutes les cheminées de la maison en hiver… Sans compter les travaux agricoles. Avoir des domestiques sur place a sans doute été une priorité pour le propriétaire. C’est la raison pour laquelle l’agrandissement de la maison à l’Est est certainement postérieur si ça ne s’est pas fait en même temps.

La cuisine est assez grande pour préparer les repas à plusieurs et pour accueillir le personnel qu’on y faisait manger. Un « potager » moderne est installé. On y fait du feu toute l’année pour cuisiner. Un chaudron est pendu à la crémaillère pour chauffer de l’eau, ou la soupe dans un chaudron plus petit. La cuisinière utilise une pelle en fer pour prendre des braises dans le foyer et les mettre dans les « feux » pour faire mijoter le contenu des casseroles posées dessus. La cendre tombe dans le compartiment qu’on ouvre avec des portes en fer qui sont munis d’ouvertures réglables pour le tirage des feux. La cendre est récupérée pour la « bugade », la lessive qu’on faisait deux ou trois fais par an ce qui explique le grand nombre de lingse de maison. Trois grands coffres contiennent du bois dont il fallait certainement de grandes quantités. Peut-être y avait-il aussi une « pile » pour la vaisselle. Peut-être que c’est celle qui se trouvait sur le mur Sud de l’arrière-cuisine construite plus tard et que Frédéric a déplacée sur la terrasse.

La cuisine communique avec la partie centrale par une porte percée dans le mur Sud de la cuisine. Cette porte a plus tard été condamnée pour mieux séparer l’espace réservé aux propriétaires de l’espace attribué aux domestiques. Les nouveaux bourgeois reproduisaient l’ordre seigneurial et la séparation des classes. Le dallage de la cuisine n’a peut-être pas été en tomettes dès le début : la différence de niveau entre les tomettes de la cuisine et celles du salon (pièce Nord de la partie centrale) permet de le supposer. Ces tomettes auraient été posées quand l’arrière-cuisine a été construite, ce qui conforte l’hypothèse de la construction des dépendances antérieures à l’agrandissement arrière.

Le feu produit beaucoup de fumée, les murs de la cuisine sont noirs de suie. Peut-être que cela incitera à murer la communication directe entre la cuisine et la pièce Nord.

En rentrant par l’entrée de service, à gauche, il y a l’écurie. Le bastidan peut enfin avoir ses chevaux sur place. Trois ouvertures rondes sont percées dans le mur Est en hauteur et cerclées par un tuyau de poterie vernissée pour l’évacuation de la vapeur des animaux et l’aération de l’écurie. Tout le bas du mur Est est occupé par une banquette en pierres sur laquelle tombe le foin venant du fenil à l’étage, et des râteliers permettent aux animaux de se nourrir sans gaspiller. Au-dessus de ces râteliers, le plafond est ouvert pour permettre de faire passer le foin. Les trous dans le mur du garage témoignent de l’emplacement des pièces de bois qui devaient fixer les râteliers sur le mur Est. Tous n’ont pas été conservés. Dans les poutres, de forts clous forgés devaient servir à suspendre des objets.

Il y a six anneaux régulièrement disposés sur le mur Est. Faut-il imaginer six chevaux ? Il serait plus raisonnable d’imaginer deux chevaux et quatre vaches, peut-être des mules ou des mulets.

Le sol est en galets provenant de la rivière voisine. Il est plus bas que le niveau du chemin d’accès. L’écurie n’a qu’une ouverture sur ce chemin et un fenestron.

Dans le fenil, il y a deux grandes ouvertures : l’une est au niveau du plancher et devait servir à monter le foin, l’autre bouchée plus tard ne servait peut-être qu’à l’aération.

À l’extérieur, il y a au moins un fort anneau scellé dans le mur et qui devait servir à attacher le cheval pendant qu’on le sellait ou qu’on le harnachait. Dans le mur extérieur, une tête aux traits grossiers a été insérée :

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Venait-elle de l’église dont la tour hexagonale était le clocher ? Ou bien était-ce le divertissement d’un maçon ? On remarque dans les murs des pierres de taille venant certainement de l’église en démolition bien qu’elle apparaisse entière sur le cadastre Napoléonien de 1835. Frédéric en a récupéré quelques-unes pour faire un oratoire à Saint-Joseph.

Où rangeait-on le matériel : charette, charrue, outils divers, harnachements ? Peut-être y avait-il un auvent devant l’écurie.

Les quatre loges à cochons (« cochonniers ») datent probablement que cette époque. Elles sont sur le cadastre napoléonien.

La campagne a donc des domestiques sur place mais peut-être continue t-elle à recourir à des ouvriers agricoles du village pour les travaux saisonniers.

Parmi les transformations effectuées par Frédéric à partir de 2005, l’escalier a été supprimé pour agrandir la cuisine qui devient salle à manger et pour avoir une deuxième ouverture grâce à une porte-fenêtre. Les traces de la cloison de l’escalier sont visibles dans les tomettes que Frédéric a dû retailler. En effet, sous l’escalier, les carreleurs n’avaient plus moyen d’ajuster la pose à cause de la cloison et les tomettes ne correspondaient plus. L’espace sous cet escalier était fermé par une porte dont on voit l’emplacement au sol. Il avait été appelé  » placard noir » par les parents qui menaçaient d’y enfermer les enfants quand ils n’étaient pas sages.

La base de l’escalier n’a pas été carrelée de tomettes. Frédéric y a mis du gravier avec un haut de jarre dans laquelle prend place une plante d’intérieur ou la branche de pin de l’arbre de Noël.

Au-dessus de la chambre des domestiques, il y avait probablement un grenier avec une grande ouverture à l’Ouest. A-t-il vraiment été utilisé ? Il n’y a pas d’escalier pour y accéder mais peut-être qu’une échelle le desservait. Dans le mur Sud on aperçoit le conduit de la cheminée du potager et à droite une ouverture condamnée par des briques qui correspond au niveau du grenier de la partie centrale. Quelle pouvait être l’utilité de cette ouverture si haute ?

Le paradoxe, c’est que l’entrée de service est devenue l’entrée principale parce que la porte de la partie centrale est trop lourde à manipuler. Ce changement d’habitude signe en même temps le déclin de la classe bourgeoise qui finit par adopter les usages du peuple.

FD

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