I le pigeonnier

I Le pigeonnier

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Sous l’Ancien-Régime, la possession de pigeons est un privilège seigneurial. Les pigeons vont se nourrir dans les champs, souvent au détriment des paysans qui n’ont pas le droit de les tuer. C’est donc une nourriture gratuite pour le seigneur et cette nourriture est disponible puisque les pigeons rentrent eux-mêmes dans leur pigeonnier chaque soir. Néanmoins, il semble que seuls les pigeonniers « à pied » (aménagés du sol au toit) étaient un privilège seigneurial et  que les paysans pouvaient posséder un pigeonnier dont le rez-de-chaussé était dévolu à un autre usage et encore à condition qu’il n’y ait pas de meurtrière ou de dispositif pouvant le transformer en place forte (Maisons rurales et vie paysanne en Provence, Jean-Luc Massot). Le pigeonnier Sigalloux comptait environ 500 boulins ce qui correspondrait à un domaine seigneurial de 250 hectares avec la règle usuelle d’un demi hectare par nid. Il devait pouvoir théoriquement donner 160 pigeonneaux par semaine et produire plus d’une tonne de « colombine » (déjections utilisées comme engrais) par an. Il a peut-être été la propriété du seigneur des Vintimille dont le château au centre du village a été saccagé par les révolutionnaires. Mais pourquoi avoir construit un pigeonnier éloigné ? La disparition de la féodalité et l’affaiblissement de la noblesse dont certains membres se ruinaient aux jeux explique peut-être la vente du pigeonnier un riche bourgeois (Jean-Balthazard Issaurat) certainement d’abord intéressé par les terres arrosables et proches du village et des voies de communication.
Le pigeonnier de la campagne Sigalloux n’est pas le seul sur la commune. Un pigeonnier de taille semblable se trouve sur le chemin qui conduit aux installations thermales de Pioule.

pigeonnier pioule 2011

 

Il est semblable par son aspect extérieur : orientation, hauteur, surface au sol, toit surbaissé, mais diffère principalement parce que le rez-de-chaussée n’est pas voûté et qu’il est ne dépasse pas l’assise du pigeonnier. Ce pigeonnier était encore debout 2011 (photo d’octobre 2011), mais faute d’avoir été préservé, une partie s’est écoulée en 2012 rendant sa restauration impossible.

pigeonnier pioule 2012

 

Les boulins de ce pigeonnier étaient astucieusement réalisés avec des tuiles.

boulins

Ce pigeonnier et celui de la campagne Sigalloux ne sont distants que d’un kilomètre peut-être. Il semble étonnant que deux pigeonniers de cette taille se trouvent si près l’un de l’autre. Le pigeonnier de la campagne Sigalloux a certainement une valeur patrimoniale, il a trois particularités originales :

  • Il est construit sur un canal d’arrosage.

  • Il est construit sur une pièce voûtée.

  • La pièce sur laquelle il est construit est plus longue que le pigeonnier lui-même.

pigeonnier

Il est construit sur le canal d’arrosage autrefois appelé le ruisseau des moulins. Ce ruisseau desservait le moulin de la Calade dans le village et l’atelier et qui fabriquait des pipes et qui est aujourd’hui le moulin oléicole.

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Pourquoi avoir construit le pigeonnier sur le ruisseau ? Le canal existait certainement longtemps avant le pigeonnier. Un morceau de pierre meulière a été retrouvé devant le pigeonnier, il est dans le musée de la magnanerie. La pièce voûtée aurait pu être un moulin à huile. Néanmoins, il n’y a aucune trace de mécanisme de moulin. Pourtant, l’hypothèse du moulin est à approfondir : les jarres surtout pleines sont intransportables : trop lourdes et sans prise pour les mains ou pour un appareil de levage, elles étaient donc certainement remplies sur place. Elles auraient aussi pu être récupérées vides dans un moulin à huile pour servir de stockage. Elles ont pu servir à stocker du blé et d’autres denrées à l’abri des rongeurs. Ceci n’explique pas la forte odeur de rance.

Vers 1960 la pièce voûtée à un sol en dalle de pierres grossières en pente vers le fond. Elle est pleine de jarres dont certaines sentent fortement l’huile rance. Bernard utilisera ces dalles pour faire le sol du hangar et les jarres à huile serviront à décorer la cour. Malheureusement, la plupart seront volées ou vandalisées.

La cheminée en plâtre est juste à côté de l’aplomb du ruisseau.

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Cette photo à été prise par Bernard à la fin des années 40 ou au début des années 50. On peut voir la cheminée en plâtre de style provençal rustique. Il l’a peut-être trouvée dans cet état mais il a peut-être essayé de reconstituer une scène ancienne. A droite de la cheminée on aperçoit une jarre posée sur le dallage grossier. Elle est fermée par un couvercle circulaire surmonté d’un tonnelet de bois massif qui pouvait probablement servir à contenir de l’eau-de-vie. A gauche de la cheminée, posé au sol, se trouve le rouet qui servait à filer la laine. Cet outil avait certainement sa place autrefois près de la cheminée parce qu’il devait servir pendant les longues soirées où la maisonnée se tenait au chaud près de la cheminée et à la lueur d’une chandelle. Au-dessus du rouet, on aperçoit une grosse clé pendue au mur. Un peu plus haut, c’est une lanterne qui est accrochée. Sans doute est-elle prête à servir s’il s’avérait nécessaire de sortir la nuit. Sur la cheminée, on peut voir deux chandeliers en étain ainsi qu’un plat du même métal. Il y a aussi une petite lampe à huile. C’est sans doute une statuette de la vierge qui occupe le centre. Dans l’âtre, le chaudron de cuivre est suspendu à la crémaillère. Une autre crémaillère est pendue à côté. Deux chenets en fer complètent le foyer. Les murs sont blanchis à la chaux, ils sont assez dégradés. La cheminée devait beaucoup fumer.

Pourquoi le rez-de-chaussée est-il une pièce voûtée ? La voûte permet de supporter le mur Est du pigeonnier qui ne va pas jusqu’au bout de la pièce voûtée. La pièce voûtée a-t-elle existé longtemps avant le pigeonnier comme cabanon ? Si cette pièce a d’abord été un cabanon, il aurait été plus facile de faire un cabanon classique plutôt que de faire une voûte qui a nécessité la pose d’un cintre. La pièce voûtée et le pigeonnier ont-ils été construits en même temps ? Pour le moment, rien n’explique que la pièce voûtée soit plus longue que le pigeonnier. Dans son livre de 1874 « Le Luc » Frédéric Aube signale une « chapellanie de Saint Lazare », le nom du quartier. La pièce voûté a-t-elle pu être une chapelle ? Mais pourquoi l’avoir construite sur un ruisseau ?

Le pigeonnier abritait environ 500 boulins. L’ouverture est orientée vers le Sud pour recevoir la lumière et protéger l’ouverture de la pluie venant de l’Est et du mistral venant de l’Ouest. L’ouverture a été réduite après la construction. Elle est encadrée de carreaux vernissés qui empêchaient les rats de grimper et de détruire les nids. Ces carreaux semblent récents (XIXe siècle). Ils sont très semblables à ceux qui étaient dans la cuisine de la ferme et qui ont été réutilisés par Frédéric pour la fontaine de la terrasse ouest de la ferme. Ces carreaux ont été posés au moment de la réduction de l’ouverture.

La toiture est protégée par un muret sur trois côtés. Le mur Est est noyé dans le mur de l’agrandissement de la partie arrière.

Comment accédait-on au pigeonnier ? À l’intérieur du pigeonnier on peut voir sur le côté Nord qu’une partie des boulins a été construite après le reste. Il y aurait donc eu une ouverture à l’étage au Nord.

On ne pouvait certainement pas accéder au pigeonnier par un escalier intérieur. Il y avait certainement un accès extérieur soit par un escalier en pierres qui aurait pu se situer au Nord ou à l’Est , mais pas au Sud à cause du ruisseau, ni à l’Ouest : il n’y en a pas de traces. Il se peut aussi que ce soit une échelle qui ait permis d’accéder au pigeonnier par cette ouverture au Nord qui arrive bien au niveau du sol du pigeonnier. Elle a été probablement condamnée au moment de la construction de la partie centrale (voir le chapitre II). Le pigeonnier étant alors privé d’accès, il a fallu en créer un. Avant les transformations effectuées par Frédéric à partir de 2005, l’entrée du pigeonnier se faisait par la salle de bains et la porte était à la place de l’actuel bac à douche ce qui rendait cette salle de bains impossible à chauffer. C’est Frédéric qui a fait déplacer l’entrée du pigeonnier en condamnant quelques boulins.

Le problème de la salle de bains attenante au pigeonnier :

Les trois marches qui relient le grand couloir à la salle de bains sont carrelées avec des carreaux de terre cuite non vernissée alors que la salle de bains et le couloir sont en tomettes vernissées. Ces carreaux sont d’un usage antérieur aux tomettes qui apparaissent au XVIIIe siècle mais ils seront toujours utilisés pour des pièces réservées aux domestiques. Il y a donc plusieurs hypothèses pour cette pièce jouxtant le pigeonnier au-dessus de la partie Ouest de la pièce voûtée.

  • Au début n’y avait peut-être qu’un toit ou une terrasse et pas de pièce.

  • Dès le début il y avait une pièce : un grenier par exemple. S’il y avait eu un moulin à olives, ce grenier permettait peut-être de stocker les olives en attendant de les broyer. Les trois marches témoignent peut-être d’un escalier au nord.

  • Cette pièce a peut-être été faite au moment de la construction de la partie centrale au XVIIIe siècle pour loger des domestiques, mais comment pouvait-on y accéder ? Et de toute façon c’est trop petit pour faire une chambre.

  • Cette pièce à été faite au moment de la construction de la partie arrière. Le grand couloir est créé pour desservir cette pièce. Ceci n’explique pas que les trois marches soient en carreaux non vernissés. Mais dans cette hypothèse qu’y avait-il à cette place avant ?

Aucune hypothèse n’est vraiment satisfaisante, il reste donc un mystère. La deuxième hypothèse est quand même plus vraisemblable parce que le mur Ouest de cette pièce est bien moins épais que les murs du pigeonnier ce n’est donc pas un mur porteur. La seule certitude c’est qu’il n’y avait pas de grenier au-dessus de cette pièce puisque le muret Est du pigeonnier est visiblement noyé dans le mur du grenier qui a donc été fait avec la partie arrière.

 FD

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