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Concours national des jardins potagers 2018

Le concours national des jardins potagers organisé par la Société Nationale d’Horticulture de France nous a décerné un premier prix.

C’est évidemment agréable de recevoir un prix. Cependant, nous avons surtout besoin de cette légitimité et de cette reconnaissance pour poursuivre nos objectifs en matière de d’environnement : biodiversité, production bio et locale, animations auprès des scolaires et des adultes…

Ce prix est aussi l’occasion de se poser un certain nombre de questions ouvertes :

  • Quel est l’avenir de ce jardin  ?
  • Faut-il se contenter d’entretenir ce qui existe ou faut-il essayer de continuer à innover, améliorer, embellir ?
  • Faut-il progressivement tout laisser en espace-test ?
  • Le jardin peut-il devenir un lieu pédagogique important ?
  • Faut-il essayer d’évoluer vers le statut de jardin remarquable ?
  • Faut-il que le jardin puisse être visitable toute l’année ?
  • Quel rôle le jardin peut-il jouer auprès de la commune et de la communauté de communes ?
  • Comment définir le lien entre les jardins et l’association ?
  • Quels moyens humains et financiers peut-on espérer ?
  • Comment fédérer d’autres lieux assez proches avec les mêmes objectifs ?

 

jardiner autrement

La SNHF nous a demandé un petit article pour nous présenter, décrire notre jardin et expliquer nos techniques :

La Campagne Sigalloux a été acquise par mon ancêtre Pons-Charles Sigalloux en 1794. C’était un beau placement : à cette époque la terre rapportait bien. La propriété s’est transmise de génération en génération. Mais quand je l’ai reprise, il n’y avait plus aucune culture. Après partage et expropriations, il ne reste que 3.5 ha. Je n’ai pas voulu créer une activité agricole parce que j’étais instituteur et que je sais que la terre demande beaucoup de travail pour peu de gains. Par contre, j’ai voulu recréer l’esprit des bastides d’autrefois avec cet attachement viscéral à la terre qui nourrit. Depuis le partage familial de 2004, j’ai recréé un verger avec des variétés anciennes et un potager pour avoir des fruits et des légumes frais et sans pesticides. Pourquoi sans pesticides ? Ça me paraît tellement évident que je trouve inutile une quelconque justification…

Depuis, j’ai pris ma retraite et Annik m’a rejoint. Annik a laissé son travail, sa famille et sa Belgique. Question jardin, elle en connaît un rayon. Néanmoins le contexte climatique méditerranéen l’a obligée à revoir complètement tout ce qu’elle avait appris. Avec elle, le jardin a pris une autre dimension : il s’est étendu en surface et enrichi (associations de cultures, rotations, multiplication des variétés, biodiversité…). Nous faisons tous nos plants à partir de semences. Nous faisons aussi beaucoup de plants par bouturage. Nous avons aussi planté la roseraie, l’olivette, la safranière, le jardin des aromatiques, installé un poulailler et des ruches…

Nous avons également créé une association pour faire de l’éducation à l’environnement, auprès des scolaires mais aussi auprès des adultes. Nous organisons chaque année une bourse aux plants qui connaît un succès croissant. Nous participons à la Semaine du Développement Durable, souvent en collaboration avec la commune. Nous participons également aux « Rendez-vous aux jardins » fin mai. Pendant ces deux jours nous rencontrons beaucoup de jardiniers et c’est l’occasion de partager nos expériences.

Nous abritons également un « espace-test agricole ». Pour résumer c’est une comme une couveuse d’entreprise mais pour un agriculteur. Nous mettons à disposition gratuitement un hectare qui est exploité en maraîchage bio. Le contrat ne dépasse pas trois ans et le « testeur » doit donc s’installer pour de vrai. Cet espace-test va évoluer au terme d’un projet qui réunira l’ADEAR du Var, la communauté de communes Cœur du Var, la Chambre d’agriculture, Agribiovar… pour en faire un espace-test orienté en permaculture et qui sera à la fois un lieu d’expérience et un lieu pédagogique.

Cette année, nous participons à la formation de « jardinier formateur » dans la perspective de l’interdiction des produits phytosanitaires chimiques à partir du 1er janvier 2019. Cette formation que nous conseillons vivement nous donne une culture scientifique vraiment nécessaire. Elle nous permet d’améliorer nos pratiques. Elle nous forme pour que nous puissions transmettre les « bonnes pratiques » localement.

Notre jardin est essentiellement un jardin vivrier qui nous donne une certaine autonomie alimentaire mais c’est beaucoup plus. Dans son roman « L’enfant et la rivière », Henri Bosco parle avec lyrisme de la nourriture qu’on se procure par soi-même. Il écrit : « Cette nourriture donne à celui qui la mange des facultés miraculeuses car elle unit sa vie à la nature. » Au-delà de la nourriture saine et savoureuse que nous obtenons de notre jardin, nous retrouvons un lien profond avec la nature : le cycle des saisons, le rôle de tous les êtres vivants qui partagent un même territoire, le travail des êtres invisibles dans la terre, les oiseaux diurnes et les discrets animaux nocturnes, le rôle essentiel de l’eau et le grand moteur de tout, le Soleil.

Pour nous, jardiner autrement c’est bien sûr jardiner sans pesticides mais c’est aussi vivre autrement. Nous avons fait le choix d’une certaine sobriété de vie, nous sommes ouverts au partage et aux rencontres, nous vivons sans télévision.

Le climat méditerranéen nous impose des contraintes particulières. Nous avons souvent des températures élevées en été ainsi qu’une sécheresse sévère pendant quatre mois environ. Les années favorables nous avons un orage en août mais le plus souvent il ne tombe rien ou presque rien de mai à octobre. La ressource en eau est donc cruciale. Nous avons la chance d’avoir un canal d’arrosage qui traverse notre propriété et dans lequel nous pouvons en principe toujours puiser. Néanmoins son niveau baisse de manière inquiétante en fin d’été. Mais le pire, c’est le Mistral, ce vent sec et violent qui chez nous souffle de l’ouest souvent plusieurs jours de suite, parfois six jours sans pause. Avec des rafales à 70 km/h (mais parfois jusqu’à 120) et des températures maximales souvent supérieures à 35°C, la végétation souffre. L’évapotranspiration est très importante et quand elle n’est plus possible, les plantes entrent en dormance. Essayez donc de faire pousser une salade devant un sèche-cheveux… Pour en rajouter un peu plus, ce climat est très apprécié des insectes et arachnides piqueurs et suceurs : l’araignée rouge se gave de chlorophylle, tout comme le tigre du pommier mais ce ne sont pas les seuls. La fourmi d’Argentine est un de nos gros problèmes : omniprésente, agressive et vorace, elle envahit tout, décapite les jeunes plants d’aubergines, déchiquette les tiges de haricots et pille les fruits dans les arbres avant même leur maturité…

Il se peut malheureusement que toutes ces contraintes s’aggravent dans les années à venir avec ce qu’il est convenu d’appeler le changement climatique.

Pour continuer à jardiner malgré ces contraintes, depuis des années nous mettons en place et nous améliorons des techniques dans le but de créer un micro-climat plus favorable à la végétation et une biodiversité aussi variée que possible. Nous plantons sans arrêt de nouveaux arbres. Nous installons des haies. Nous laissons des espaces sauvages. Nous paillons beaucoup. Nous produisons des quantités conséquentes de BRF et d’herbes à composter. Nous utilisons des purins d’ortie et de prêle pour fortifier les feuillages. Nous cultivons sur butte au printemps et à l’automne et en cuvette en été. Nous associons un arrosage au goutte à goutte et un arrosage par aspersion.

Nous sommes sans cesse à la recherche de plantes adaptées. Nous sélectionnons plus attentivement les variétés que nous installons et Annik en vient de plus en plus à faire ses propres semences. Pour les arbres fruitiers nous en venons à faire nos propres arbres par bouturage ou greffage après avoir observé le comportement des porte-greffes et des variétés.

Jardiner reste une aventure passionnante. Nous continuons à apprendre et à expérimenter pour notre plus grand plaisir, les projets ne manquent pas.

la SNHF récompense la Campagne Sigalloux

La Campagne Sigalloux a participé au concours 2016 de la Société Nationale d’Horticulture de France et a reçu une récompense.

Il a d’abord fallu envoyer un dossier très complet avec le plan du potager, les méthodes culturale et la liste des plantes cultivées. ça a  été une grande joie de savoir que le dossier avait été retenu. Ensuite, un membre du jury est venu visiter longuement les jardins.

La remise des prix a eu lieu le 9 décembre au siège de la SNHF rue de Grenelle à Paris. Petite déception : la Campagne Sigalloux a seulement été « nominée » dans la catégorie « jardin potager privatif dans un environnement paysager ». Petite fierté : cette catégorie réunit des châteaux qui ont  des moyens et des jardiniers professionnels et cette « nomination » est quand même une vraie récompense : « C’est un beau jardin dans une propriété provençale du 18e siècle. Le potager de 1000m² est de toute beauté, avec une grande diversité de légumes anciens dont une belle collection de tomates. Le jury constate une grande motivation chez Frédéric qui fait ses semences et ses semis. Il n’utilise aucun produit chimique et fait ses décoctions de prêle, macérations de consoude et d’orties.  Le potager nourrit la famille, Frédéric tient un cahier de jardin, pratique la rotation des cultures, le mariage des plantes et des légumes,  utilise le paillage et fait aussi de la permaculture. Le jardin est ouvert  aux écoles, des panneaux informatifs sont en place. Le jury a souhaité nominer ce dossier en particulier pour la culture du Safran et de plantes aromatiques, son épouse est une ancienne herboriste. »

La Campagne Sigalloux a donc un nouveau défi à relever.

De nombreux projets sont en train de germer pour améliorer et embellir les jardins :

  • fleurir de façon systématique, au potager, au verger,
  • installer une pergola dans la parcelle en agro-écologie,
  • améliorer l’arrosage,
  • poursuivre le travail commencé pour paysager le verger,
  • étendre le jardin des aromatiques et médicinales,
  • augmenter le nombre de variétés cultivées,
  • apporter encore plus de soin dans l’entretien : tonte, taille…

La Campagne Sigalloux a pris conscience qu’elle pouvait devenir un lieu exceptionnel en proposant des visites ludiques et pédagogiques et pourquoi pas savantes.

Nous remercions la SNHF pour l’attention bienveillante que les membres du jury ont porté à notre travail et pour leurs encouragements.