le point sur le rucher

Installer des ruches était un rêve ancien et sa réalisation a été longtemps différée. On ne s’improvise pas apiculteur. Il faut être bien naïf pour penser qu’il suffit d’installer une ruche pour bénéficier de tous ses bienfaits.

Le miel n’est-il pas un aliment exquis ? Ce n’est pas le goût pour le miel qui a été la première motivation, c’est bien ce service que rendent de nombreux insectes et que nous comptons pour rien alors que nous ne pouvons nous en passer : la pollinisation. Il existe de nombreux insectes pollinisateurs dont environ mille espèces d’abeilles sauvages mais les abeilles à miel Apis mellifera sont de super pollinisatrices. Pour la fécondation de nos fleurs, et donc la production de fruits, l’abeille est donc essentielle.

Nous avons donc acheté 3 ruches peuplées au printemps 2015. L’une de ces ruches est morte rapidement mais les 2 autres ont donné 15 kg de miel. La chance du débutant.

Nous avons fréquenté pendant plusieurs années le rucher école de Brignoles qui nous a aidé à débuter en apiculture. Les années se sont succédé avec des péripéties heureuses ou malheureuses : des essaims ont renouvelé le rucher.

Il y a aussi eu des pertes. Nous étions des apprentis apiculteurs et plus nous avons appris, plus nous avons compris qu’il restait à apprendre et nous avons compris que nous resterions apprentis apiculteurs. Nous avons compris l’emprise du varroa, exactement Varroa destructor. Nous avons dû faire face à des étés très secs qui laissaient les abeilles sans ressources pendant plusieurs mois. Et puis il y a eu l’arrivée progressive et de plus en plus envahissante du frelon asiatique Vespa velutina.

Varroa, sécheresse et frelon asiatique ont tout chacun pour vous décourager mais ensemble ils sont redoutables !

Et pourtant, il y a plus fort que leur trio infernal : la magie de l’abeille ! On croit savoir, on croit souvent savoir… mais quand on commence à apprendre, on découvre l’étendue de son ignorance et on découvre la fascination pour cette merveille de la création. L’abeille, la petite abeille qui ne pèse presque rien, qui passe insignifiante en ne laissant dans son sillage qu’un léger bourdonnement, m’éveille à l’incommensurable complexité et l’extraordinaire beauté du vivant. C’est pour cela que même si elle fait mal quand elle pique, malgré varroas, sécheresses et frelons asiatiques, je continuerai à étudier les abeilles et à leur rendre visite tous les jours et tous les jours je me sentirai humble et je serai émerveillé.

Il faut rappeler que l’abeille et la fleur sont un exemple extraordinaire de coévolution . Voici des millions d’années que le monde des fleurs et le monde des abeilles évoluent en interférant l’un avec l’autre. Nous commençons seulement à comprendre ce phénomène. Et maintenant qu’apparaît l’extraordinaire complexité et l’extraordinaire beauté de cette manifestation du vivant, nous comprenons que nous sommes en train de tout compromettre et peut-être de tout détruire…

La saison 2019 a commencé avec une seule ruche survivante. Dure réalité. Cette ruche s’est malheureusement révélée particulièrement essaimeuse puisqu’il y a eu une douzaine d’essaims dans la saison dont beaucoup d’essaims secondaires ou tertiaires trop petits. Il est probable que plusieurs essaims soient aussi venus de l’extérieur. Il y a eu finalement 8 colonies. L’été a été sec et le frelon asiatique omniprésent confinant les abeilles dans la ruche et les obligeant à faire inutilement face à l’ennemi au lieu d’aller butiner. A la veille de l’hiver, il ne reste que 2 colonies et un petit espoir qu’elles survivent à l’hiver. Néanmoins, confronté à cette adversité, plusieurs décisions ont été prises pour envisager l’avenir avec plus de sérénité et ne pas être sans cesse menacé de tout perdre :

Progresser dans la connaissance de l’abeille et de l’apiculture. La documentation est essentielle. Il existe une documentation importante sur l’apiculture et il est parfois difficile de s’y retrouver. Il faut d’abord comprendre qu’il faut choisir entre l’apiculture d' »exploitation » qui a pour objectif de produire essentiellement du miel de façon économiquement rentable et l’apiculture de « conservation » qui a pour objectif de maintenir le plus naturellement possible une population stable afin de garantir une pollinisation efficace et éventuellement produire du miel pour les besoins de la maison. Il se trouve que cette apiculture d’amateur cherche souvent à copier l’apiculture d’exploitation et ses méthodes pas forcément très naturelles. Par contre les amateurs sont souvent très créatifs et ils innovent beaucoup. Il faut aussi comprendre qu’on ne peut pas avoir les mêmes méthodes partout en France et qu’il faut s’adapter et se remettre en cause.

Il existe donc une documentation livresque importante, par exemple :

  • Le traité Rustica de l’apiculture (sous la direction de Henri Clément).
  • Apiculture biodynamique, vers une pratique respectueuse de l’abeille (collectif)
  • Des abeilles au jardin. Petit traité d’apiculture atypique à l’usage des amis des abeilles (Vincent Albouy)
  • Au trou de vol (H. Stroch)
  • L’apiculture écologique de A à Z (Frérès et Guillaume)

Une documentation audio : L’apiculteur aveugle, Le chant des abeilles, Dialogue entre les abeilles et les fleurs, L’intelligence des abeilles, d’autres épisodes de l’émission « Sur les épaules de Darwin » seront consacrés aux abeilles. Et y en a aussi sur France Culture.

Une documentation vidéo : il y a pléthore sur Youtube, ex : https://www.youtube.com/watch?v=mVQPuqYokME

Adapter le matériel : Il existe plusieurs « standards » de ruches. Comment choisir ? Pour commencer, j’ai fait comme tout le monde, j’ai choisi le standard le plus répandu : Dadant 10 cadres. Mais c’est un standard qui correspond plus à une apiculture d’exploitation qu’à une apiculture de conservation. Néanmoins, après réflexion, je vais garder mes ruches Dadant en les adaptant pour le « confort » des abeilles et une conduite plus douce :

  • rehaussement des ruches.
  • peinture des ruches avec une peinture alimentaire et marquage de la face avant pour éviter que les abeilles se trompent de ruche.
  • désinfection de l’intérieur avec une solution contenant de la propolis.
  • aménagement d’une vitre à l’arrière pour pouvoir jeter un œil dans la ruche sans l’ouvrir. Cette vitre est recouverte par un volet pour garantir l’obscurité et l’isolation qui sont nécessaires à la ruche.
  • remplacement des planchers en bois par des planchers grillagés.
  • aménagement d’un étage de ventilation pour la belle saison.
  • utiliser des cadres cloisons pour accompagner la croissance du volume de la colonie.
  • abandon des cadres gaufrés pour des cadres seulement amorcés.

Modifier la conduite du rucher : Dès les premiers beaux jours, quand les abeilles recommenceront à butiner activement avec la floraison des amandiers les abeilles seront déménagées (comme pour un essaimage) vers des ruches désinfectées, sans vieilles cires. Ensuite, les abeilles ne seront plus dérangées que par nécessité. Le suivi se fera par la vitre arrière et par une pesée régulière. Les informations seront notées sur un tableau de synthèse semaine par semaine : températures mini et maxi, météo, poids de la ruche, interventions, floraisons…

Élever des reines : Pour assurer la pérennité de son rucher il ne faut pas s’en remettre à l’essaimage spontané. Il est facile de faire des essaims artificiels mais il vaut beaucoup mieux élever des reines et choisir celles qui sont en mesure de faire prospérer des colonies.

Semer ou planter des plantes mellifères. Il ne sert à rien d’avoir de bonnes méthodes si les abeilles manquent de nectar et de pollen. Il y a déjà une grande variété de plantes mellifères dans la propriété mais ce n’est jamais suffisant et surtout, il y a toujours disette de juin à septembre et il faut trouver à combler ce trou dans les floraisons. Nous introduisons régulièrement de nouvelles plantes (arbre à miel, leptospermum, variétés de sauges…) et nous faisons des boutures pour multiplier ces plantes. De la luzerne a été semée dans les frênes et une partie du verger. Nous semons régulièrement de la moutarde et de la phacélie.

Aménager une mare au plus près du rucher. Une ruche a besoin de 80 litres d’eau par an ! Il est préférable que cette eau soit la plus proche possible pour limiter la dépense énergétique des abeilles qui la transporte par très petite quantité.

Luter efficacement contre le varroa et le frelon asiatique : Pour le varroa on commence à maîtriser. Pour le frelon asiatique, les pièges seront multipliés au printemps. Il a été dit que ces pièges n’étaient pas sélectifs et qu’ils étaient dangereux pour la biodiversité. Nous n’avons pas encore fait l’inventaire des prises mais, apparemment, ce sont bien essentiellement des frelons asiatiques qui se font prendre.

Nous espérons continuer longtemps à vivre avec les abeilles. Elles nous apportent des trésors : la pollinisation de nos plantes, miel, pollen, propolis et venin pour notre santé. L’apithérapie semble vraiment prometteuse. Pour ma part, les piqûres d’abeille m’ont délivré d’une arthrose naissante et de la rhinite allergique chronique qui m’empoisonnait depuis l’enfance. Et puis l’abeille nous apprend à nous émerveiller indéfiniment de la magie et du miracle de la nature et du vivant.

Une réflexion sur « le point sur le rucher »

  1. Après la lecture du livre « Apiculture biodynamique, vers une pratique respectueuse de l’abeille » (collectif) je ne suis plus sûr qu’il faille élever des reines. Peut-être faut-il être beaucoup plus attentif à l’essaimage naturel. Plus on s’éloigne du naturel, plus on fragilise l’abeille.

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