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Je suis de cette terre

C’est sans doute une formule inhabituelle mais c’est aussi une façon de dire quelque chose d’inhabituel.

Aujourd’hui, on est de partout et de nulle part et, finalement, on a peut-être plus d’affinité avec un mode de vie urbain, ses rites, ses rythmes, ses signes, ses codes… plutôt qu’avec une terre.

Là où la plupart des personnes ne voient qu’un paysage, fut-il agréable, je vois un monde. Certains lieux précis de la propriété portent des souvenirs indélébiles (le gros mûrier près du vieux verger) et tant d’autres qui me lient à une jeunesse passée mais évocable à volonté, aux disparus, particulièrement à mon père qui a dompté cette terre jusqu’à la rupture, mais c’est aussi mon histoire depuis que j’interviens dans ce paysage. Ces arbres que j’ai plantés, que je vois grandir et je vois nus, en fleurs, en fruits. Les projets que j’ai réalisés, tous les aménagements. Ce paysage où je guette tout signe qui pourrait avoir un sens. J’interroge les bourgeons à la fin de l’hiver, je guette les plantes qui germent comme les plants de coquelicots qui sont là dès février, je guette les fleurs et je cherche les éventuelles butineuses. En passant près des orchidées sauvages qui sont déjà en feuilles, je leur demande : « C’est pour quand ? » et elles me répondent d’une si petite voix que je ne peux l’entendre. Je m’inquiète de l’avance de la saison, de cette douceur précoce qui provoque l’éclosion des bourgeons floraux et qu’un retour du froid fera avorter. je m’inquiète du bal énervé des abeilles devant les ruches alors qu’un essaimage précoce serait suicidaire.

J’inscris ma vie, mon histoire dans cette terre. Je sais que tout cela me survivra et que pour une part, je survivrai dans cet élan de la vie.

Je suis de cette terre.

dans la terre…

C’est un printemps pluvieux. Impossible d’utiliser le tracteur. La seule solution c’est la bêche même si la terre est lourde et collante.  L’avantage c’est qu’on peut voir ce qu’il y a dans la terre.

Dans la terre il y a des racines, surtout des racines de chiendent ou plutôt des rhizomes. En travaillant à la main on peut les enlever mais c’est un long et patient travail.

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Dans la terre il y a des fourmis qui ont passé l’hiver bien cachées…

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et il y a leurs oeufs.

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Dans la terre il y a des larves comme la larve du taupin…

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ou la larve du perce-oreille.

 

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Dans la terre il y a des vers de terre ou plutôt des lombrics.

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Certains sont bien gros. Ce sont des auxiliaires précieux qui aèrent et enrichissent la terre.

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Dans la terre il y a des scolopendres.

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Il y a des pierres cachées depuis la nuit des temps.

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Il y a des tessons de poterie. On en trouve partout.

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Et il y a tout ce qu’on ne voit pas, particulièrement les bactéries qui transforment la matière végétale en humus.

FD

 

 

 

 

Correns

Dans l’église de Correns, les siècles passés ont laissé une poussière dorée.

vue1Les Sigalloux ont été propriétaires à Correns. Ils possédaient Pallière et ses centaines d’hectares.

Pallière était devenue la propriété du chanoine Joseph Sigalloux quand il avait procédé au partage des biens Sigalloux avec sa nièce Marguerite-Marie Sigalloux. Paul Denizet le fils aîné de Marguerite-Marie et de Maurice Denizet écrit : « Peu avant de mourir, (en 1941 ou 42, note de FD) invité à déjeuner par mes parents, il (le chanoine, note de FD)est parti tout de suite après le dessert, disant qu’il avait rendez-vous avec le notaire pour vendre la propriété de Correns. Les parents étaient consternés car il a vendu pour une bouchée de pain et s’ils avaient été avertis ils l’auraient achetée au même prix. » Paul ajoute que sa mère en a pleuré.

Etaient-ils propriétaires par simple intérêt, parce qu’autrefois la terre rapportait ou étaient-ils aussi propriétaires par amour de la terre ?

Nous avons toujours besoin de cette terre qui nous nourrit.

FD