la petite histoire du compost

Pas d’engrais chimiques à la Campagne Sigalloux. Ce n’est pas du fanatisme mais du bon sens.

Le compost produit un engrais naturel et beaucoup plus riche. Il permet de nourrir la terre qui nourrit les plantes.

Le compost rassemble toute la matière organique produite : déchets  de cuisine, de tonte, feuille mortes, produits de la taille… Mais ça commence par la corvée de broyage :compost1Quand cette matière organique est réduite à l’état de miettes, elle est mise sur le tas de compost où les bactéries aérobies  vont travailler à produire de l’humus en produisant de la chaleur et du gaz carbonique. Le tas va perdre 90% de son volume. Les vers de compost vont aussi le digérer et le brasser.

Après un an de maturation, le compost va retourner dans la terre du potager mais il peut aussi servir à pailler les arbres ou les plantes :

compost2compost3

Il sert aussi pour faire les semis de printemps et les boutures.

Le brûlage des déchets végétaux est réduit au minimum et la terre s’enrichit avec le temps.

FD

le petit bassin

C’est juste un petit bassin pour avoir de l’eau sous les yeux, pour apporter un peu de fraîcheur. Mais c’est aussi une aubaine pour les oiseaux qui viennent y boire ou faire trempette. Le plus souvent ce sont des pigeons et des pies mais parfois c’est un  geai, une corneille, une tourterelle ou un passereau de saison.bassin1bassin3bassin4Et parmi les assoiffés, il s’est même trouvé un pacha (Charaxes jasius):bassin2

Un aimable poisson rouge avait trouvé sa résidence dans le petit bassin. Son emploi du temps consistait à ondoyer nonchalamment entre les nénuphars en gobant des larves aquatiques. Il s’est trouvé qu’un héron lui rendit visite et l’emmena en voyage. Le temps de saisir la boîte à image, l’indélicat avait fui.

Lorsque le temps n’est pas trop chaud les nénuphars réapparaissent et offrent à la lumière leur délicate composition, la vase fait des merveilles.nénuphar

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la brouette

C’est une simple brouette, pourquoi en parler ? Elle est dans la Campagne Sigalloux depuis plus de 50 ans. Elle a probablement été fabriquée par un artisan menuisier du village à une époque où beaucoup d’objets étaient fabriqués sur place. On allait voir l’artisan et on lui demandait une brouette. L’artisan fabriquait une brouette sur-mesure selon la demande. C’était un objet durable, fabriqué avec des matériaux naturels et de façon équitable, sans intermédiaire. Un beau travail d’artisan !bouette1brouette2brouette3

La brouette sert très souvent. Elle n’a pas été particulièrement ménagée. Elle est pratique avec ses ridelles amovibles, solide et rien n’interdit de la trouver  belle. Elle a transporté des tonnes et des tonnes. Elle a aussi transporté des enfants qui l’appelaient « brouillette » et qu’on faisait rire en les balançant. La roue pleine a été changée par une roue gonflable mais elle n’a pas été réparée. Elle est passée d’une génération à la suivante. C’est un trait d’union avec un passé présent.

Au Musée des Arts et Traditions Populaires (ATP) de Draguignan, il y a une brouette probablement plus ancienne mais très semblable.brouetteLe système des ridelles est le même. La roue est en bois et le plateau est abaissé grâce aux brancards courbes.

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le bassin

Pour cultiver en Provence, il faut de l’eau. Traditionnellement, les bastides sont équipées d’un ou plusieurs bassins. Ces bassins étaient alimentés par des sources ou des ruisseaux et se trouvaient en amont des cultures. Ils servaient de réserve d’eau, particulièrement pour le potager qui se situait en contrebas.

Il n’y avait pas de bassin dans la Campagne Sigalloux. Cette absence s’explique par la présence d’un canal d’irrigation qui desservait les  cultures par de multiples canaux qui n’existent plus aujourd’hui.

La construction d’un bassin n’avait pas pour objectif l’arrosage du jardin (une grosse pompe s’en charge) mais le plaisir de la baignade. De début mai à fin septembre, la baignade est un plaisir quotidien, de préférence avant le repas de midi.

Le bassin n’est pas une piscine : la filtration et l’électrolyse du sel garantissent une eau très claire cependant, elle n’est pas bleue mais verte, comme dans  la nature. Le bain n’est pas un moment de cris et d’agitation même si les jeux des enfants sont bienvenus. C’est plutôt un moment d’immersion dans la nature, un moment de ressourcement et de paix estivale.

bassin1bassin2bassin3bassin4bassin5bassin6bassin7bassin8

les plantes comestibles

La vie rustique, c’est aussi savoir utiliser ce que la nature nous met sous le nez. Quand on ne l’a pas appris de quelqu’un c’est plus long et parfois surprenant. D’une manière générale, on ne parle pas de « mauvaises herbes » mais d’ « herbes sauvages ».  Même les herbes sauvages qui sont parfois envahissantes dans le potager ont leur utilité : elles vont faire du compost ou on les laisse sur place autour des plantes cultivées pour protéger la terre et empêcher la germination d’autres herbes.

Les comestibles sont plus répandues qu’on ne l’imagine.

garrigue gourmande

Il y a bien sûr des orties dont on fait des soupes, mais aussi des fausses orties (lamium), des pissenlits qu’on met dans la salade. Il y a surtout les poireaux sauvages (Allium polyanthum) qui sont très communs en hiver.poireau

poireaufleur poireau

On met le poireau cru dans les salades, finement émincé parce que le goût est fort. On le cuit seul ou avec des pommes de terre. On le mange chaud avec un filet d’huile d’olive ou en salade. C’est un délice de saveur. On en profite tout l’hiver tant il y en a et quand il vient à monter, on en fait des bouquets.

L’asperge sauvage est plus rare et dure très peu. C’est tellement bon qu’il est plutôt rare d’en rapporter assez pour en faire un plat, une omelette par exemple. Le plus souvent on les savoure sur place et le peu qui en réchappe parfume une salade.

asperge

L’ail sauvage est très commun et abondant mais très discret. Il sert surtout à parfumer les salades.ail sauvageailail fleur

Le pourpier est abondant en été dans le potager. C’est délicieux dans les salades.pourpier

Les pois.

La bourrache.

le fenouil.

La liste est ouverte et il y aura d’autres surprises.

la pépinière

Il y a toujours un plant sauvage pour pousser quelque part. Alors, le sortir de terre et le mettre en pot devient une habitude. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des centaines de pots à surveiller et arroser quotidiennement en été. Après, il faut les placer ou les donner.pépinièreIl y a des arbres de la colline : pins et chênes, des arbres d’ornement : frênes, mûriers, tilleuls, micocouliers, cyprès… des arbres fruitiers qu’il faudra greffer : oliviers, amandiers, cerisiers, pommiers, pruniers… et puis il y a aussi des arbres non identifiés, on laisse pousser et on verra bien. Il y a aussi des plants ou des boutures ramenés des promenades dont Helichrysum stoechas au parfum délicieux.helichrysum

Le frêne est un arbre très généreux en graines. C’est ainsi que des centaines de plants ont été récupérés et replantés. Ils font des haies qui résistent bien à la sécheresse. Et puis ils donnent du bois de chauffage de très bonne qualité. Quand le frêne est recépé, il repousse avec vigueur.

Il y a aussi les boutures. Le plus souvent, il suffit de piquer un rameau dont on ne garde que les feuilles supérieures dans une caissette de compost. Et le miracle s’accomplit, le rameau fait des racines et commence sa croissance. Alors, tout y passe, et malgré les échecs on obtient des lavandes, du buis, du romarin… et même des figuiers.lavandesromarin

figuiersC’est un aspect de la vie rustique : au lieu d’avoir le réflexe d’aller acheter, on se demande si ça ne serait pas possible de faire par soi-même, comme on peut, avec les moyens dont on dispose. On découvre ainsi qu’on peut faire beaucoup de choses par soi-même. On évite des dépenses et on s’enrichit d’un savoir-faire, on voit son travail qui fructifie.

le potager

Impossible de se passer du potager. Sans potager, pas de vie rustique. Même si le temps manque, même si le travail est un peu bâclé, même si c’est beaucoup d’effort pour un résultat parfois décevant, chaque année on remet ça : commander les graines, faire les semis en caissettes sous la serre, planter en pleine terre, arroser, désherber, arroser, désherber et encore arroser et encore désherber… et récolter. Il faut partager avec les escargots et les limaces qui mangent tout ce qui germe, les souris qui essaient de voler les graines des semis, les lapins qui aiment tellement les jeunes salades, les ragondins sans scrupules… Il y a plusieurs bandes de terre qui ne sont pas cultivés et jamais entretenues. Les herbes sauvages, les tas de pierres, les empilements de tuiles font des abris pour les auxiliaires qui peuvent se multiplier. Les coccinelles sont les bienvenues tout comme les couleuvres qui vont limiter le nombre d’escargots et de rongeurs.potager1

Ce ne sont que des graines bio et c’est une culture sans aucun pesticides ou engrais chimiques, seulement le compost. Les résidus de pesticides ou d’engrais se retrouveraient dans le ruisseau, ce n’est pas acceptable.ruisseau

Le potager, c’est aussi une école de patience et d’humilité : il faut faire avec la nature et pas contre elle, il faut faire avec le temps qu’on ne peut ni accélérer ni ralentir.potager3
potager7

Quand on n’achète plus de légumes, quand on va faire son marché au potager et qu’on cuisine aussitôt, le travail prend tout son sens, la peine est oubliée.potager2tomate

Pour une salade de tomates du jardin : peler des tomates bien mûres, enlever les graines, couper en morceaux, couper des oignons bien fins, ajouter du basilic, de l’huile d’olive, du vinaigre au noix, saler et poivrer pas plus que nécessaire et mettre au frais. C’est tout simple mais délicieux, rustique mais raffiné.

salade tomates

Et puis, il y a les conserves :conserves

tournesolrose trémière

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les olives

C’est une « olivette » au pied de la colline. Les oliviers y ont été plantés après le terrible gel de l’hiver 1956. Les oliviers ne demandent pas beaucoup de travail mais il faut quand même entretenir le terrain, tailler les arbres et récolter les olives.

2cv oliviersoliviers

On commence la récolte des olives vers la Toussaint, dès que le moulin est ouvert. Les olives ne sont plus tout à fait vertes mais pas encore complètement noires, on dit qu’elles sont « tournantes ». Les olives noires font une huile plus acide et moins fruitée.

rameau olivespanier olivesolives tournantes

La récolte, c’est un peu une course contre la montre. Il faut avoir fini avant la fin décembre, avant la fermeture du moulin, avant le gel… On peut ramasser jusqu’à 7 kg à l’heure à la main. 7kg, c’est presque un litre d’huile. Et il ne faut surtout pas mettre des feuilles ou des olives avariées. Mais si les olives sont petites et qu’on taille en même temps, alors c’est beaucoup plus long. Parfois il fait froid, parfois il pleut. Il existe bien des secoueurs mécaniques, c’est cher, ça fait du bruit, ça fait tomber beaucoup de feuilles et il faut trier.

olivesolives étalées

Si on arrive à porter 300kg en une fois, le moulin fait une mouture séparée et on est sûr d’avoir l’huile de nos olives. Sinon les olives sont mélangées.

moulin

Le moulin est à côté de chez nous. Autrefois il fonctionnait avec l’énergie du ruisseau. Avec le coût de la mouture, l’huile revient à 2,50€ le litre environ. Si on compte le temps de travail, ça fait une huile  bien chère. Ce n’est pas juste : on trouve au supermarché local une huile bio à 4,30€, elle vient de Tunisie où le travail ne doit pas être bien payé. Parfois tout ce travail paraît dérisoire. Pourtant c’est essentiel : La terre donne du fruit qui nous nourrit. récolter le fruit de la terre c’est une forme de respect envers elle. C’est aussi un travail millénaire qui nous relie à nos lointains ancêtres, ça a du sens…olivierdessin de Colette Denizet

On serre à la cave 100 litres les bonnes années. L’huile sert beaucoup dans la cuisine. On fait aussi de la confiserie avec les olives vertes et avec les noires.

les pommes

Les vieux pommiers sont fatigués mais quand vient le printemps ils se couvrent de fleurs.

fleurs
avril 2008 00réduit4

Il faut du temps, il faut du travail, il faut accepter de ne pas tout maîtriser, de partager avec les carpocapses qui pondent leurs oeufs sur les jeunes pommes. pommesFinalement, ça fait souvent pas mal de pommes. Les plus belles vont dans le fruitier à la cave et on en mangera jusqu’en mars.septembre 2010 003réduitOn fait aussi de la gelée, des confitures, des bocaux de compote, de la pâte de pommes.

geléepâte

Avec un déshydrateur on peut sécher les pommes et les conserver dans des bocaux tout l’hiver. C’est long d’éplucher et de couper en rondelles mais c’est délicieux.pommesbocal pommesbocal pommes 2bocal pommes 2Avec un peu de matériel et de temps on fait du jus de pommes.

septembre 2010 047réduitseptembre 2010 049réduitC’est du travail. Mais c’est du vrai travail : C’est pour se nourrir, pour offrir, ça vient de la terre, de notre terre, ça a du sens.

FD

le vélo

Il y avait un temps où le vélo était indispensable à la campagne.

Il a été un symbole de liberté pour notre jeunesse. Le vélo permet d’aller loin, plus vite qu’il n’y paraît et ne coûte que l’effort de le faire avancer. Il ne s’agit pas de sport, à la campagne le sport est incongru. Il s’agit de se déplacer pour aller quelque part ou pour se promener, pour voir ailleurs. Et ce sont des milliers de kilomètres qui se sont accumulés dans les jambes et d’excellents souvenirs : une traversée de la France, les pistes de la Sainte Victoire et les petites routes de l’arrière pays.

Dans la benne à métaux de la déchetterie il y a toujours au moins un vélo, le plus souvent récent, jeté là de façon aussi incompréhensible que scandaleuse. Le vieux vélo que le père utilisait pendant la guerre a été ressorti du grenier où il avait été remisé parce qu’on ne jette pas un vélo. Il a été entièrement démonté jusqu’à la dernière bille du pédalier. Le carrossier a bien voulu repeindre le cadre pour une somme modique. Et il a été soigneusement remonté en gardant le plus possible d’accessoires d’époque et en ajoutant quelques accessoires Brooks.

janvier 2011 015réduitjanvier 2011 020réduitjanvier 2011 021réduitjanvier 2011 022réduit

Les chemins de la liberté restent ouverts…

Une campagne, une histoire, la vie rustique en Provence