Je suis de cette terre

C’est sans doute une formule inhabituelle mais c’est aussi une façon de dire quelque chose d’inhabituel.

Aujourd’hui, on est de partout et de nulle part et, finalement, on a peut-être plus d’affinité avec un mode de vie urbain, ses rites, ses rythmes, ses signes, ses codes… plutôt qu’avec une terre.

Là où la plupart des personnes ne voient qu’un paysage, fut-il agréable, je vois un monde. Certains lieux précis de la propriété portent des souvenirs indélébiles (le gros mûrier près du vieux verger) et tant d’autres qui me lient à une jeunesse passée mais évocable à volonté, aux disparus, particulièrement à mon père qui a dompté cette terre jusqu’à la rupture, mais c’est aussi mon histoire depuis que j’interviens dans ce paysage. Ces arbres que j’ai plantés, que je vois grandir et je vois nus, en fleurs, en fruits. Les projets que j’ai réalisés, tous les aménagements. Ce paysage où je guette tout signe qui pourrait avoir un sens. J’interroge les bourgeons à la fin de l’hiver, je guette les plantes qui germent comme les plants de coquelicots qui sont là dès février, je guette les fleurs et je cherche les éventuelles butineuses. En passant près des orchidées sauvages qui sont déjà en feuilles, je leur demande : « C’est pour quand ? » et elles me répondent d’une si petite voix que je ne peux l’entendre. Je m’inquiète de l’avance de la saison, de cette douceur précoce qui provoque l’éclosion des bourgeons floraux et qu’un retour du froid fera avorter. je m’inquiète du bal énervé des abeilles devant les ruches alors qu’un essaimage précoce serait suicidaire.

J’inscris ma vie, mon histoire dans cette terre. Je sais que tout cela me survivra et que pour une part, je survivrai dans cet élan de la vie.

Je suis de cette terre.

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